Arvalis a présenté le 12 juin dernier ses essais à Saint-Hilaire-en-Woëvre (55) : neuf ateliers étaient programmés sur des thèmes tels que les variétés, la fertilisation, le désherbage, le désherbage ciblé, les couverts végétaux, la biodiversité, les fourrages, l'agriculture de précision et les innovations robotiques.
À l’issue de ces présentations, voici douze constats et conseils de Pascaline Pierson, ingénieure régionale chez Arvalis. Les messages clés délivrés par l’institut technique lors de la journée ont été répartis selon différentes thématiques.
Agronomie
1. Binage : Pour une optimisation du désherbage mécanique couplé au chimique, une des pistes explorées consiste à semer à 30 cm d’écartement. Cela permet de pulvériser uniquement sur le rang avec une dose réduite par rapport à un traitement en plein, et de biner en inter-rang. Semer à 15 cm reste préférable pour le rendement, mais rend la pulvérisation ciblée impossible et cause davantage d’écrasement (environ 150 épis/m²) lors du binage.
2. Combinaison des leviers : Pour faire face au salissement des parcelles en vulpins, il faut absolument combiner les leviers agronomiques. Déjà bien connus des agriculteurs, ces leviers doivent être appliqués de manière plus intensive afin de réduire la pression des vulpins et d’optimiser l’efficacité des désherbages, qu’ils soient mécaniques ou chimiques. «Nous savons que les agriculteurs les connaissent, et qu’ils les entendent dans de nombreux discours régulièrement, et pourtant les résultats d’une combinaison intensifiée et régulière sont bien présents» insiste l’ingénieure Arvalis.
3. Variétés : Conquistador est la variété de blé la plus révélatrice en 2025, alliant souplesse et performance en rendement et pression maladies. Pascaline Pierson confirme, lors d’un échange avec un producteur, qu’investir dans la variété Conquistador n’est vraiment pas une erreur, bien au contraire.
4. Fertilisation : Les résultats présentés proviennent d’une synthèse de 28 essais menés en 2023-2024. Deux nouvelles stratégies émergent : réaliser un apport dès qu’au moins 15 mm de pluie sont annoncés, ou suivre un modèle dynamique de pilotage des apports en fonction des besoins réels de la culture (modèle CHN), avec un dernier apport fait tardivement (à la dernière feuille) pour obtenir un petit bonus de rendement (moins de 2 q/ha). La modalité dite “sécuritaire” (fractionnement en deux apports en sortie d’hiver et un au stade épi 1 cm) est jugée moins performante et n’est pas recommandée, en particulier pour les objectifs de rendement ou de qualité protéique.
5. Choix des couverts : Arvalis rappelle l’existence de son outil en ligne : choix-descouverts.arvalis-infos.fr. Il permet de guider un agriculteur dans ses choix de couverts selon les cultures à venir, les types de sol, les besoins de valorisation, les doses, les mélanges, etc. La date de semis des couverts la plus optimale se situe une semaine au plus prêt de la moisson sans réelles différences entre les techniques d’implantation..
Machinisme agricole
6. Robotique : La robotique est une piste explorée pour améliorer la gestion des adventices, notamment en augmentant la fréquence des passages de désherbage mécanique. Bien que les premiers résultats ne montrent pas d'amélioration sur les plans économiques, temps de travail ou émissions de GES, des bénéfices sont notés sur l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement) et la réduction des charges herbicides. «Ainsi, si de la pluie est prévue, ce n’est pas grave. Il faut oser se lancer dans un programme de passages hebdomadaires et tout se déroule bien» souligne Pascaline Pierson. Malgré le coût des équipements, cela peut représenter un gain de temps et une amélioration de la gestion des parcelles sur le long terme.
7. Agriculture de précision : Le système Centipède utilisé sur les tracteurs équipés de GPS est efficace mais sa précision reste problématique. En effet, un agriculteur dépendant d’une antenne Centipède s’expose à une erreur de 5 à 10 cm en parcelle, une disponibilité de l’information limitée à 50 % du temps et à la sensibilité accrue de la distance à l’antenne. En dessous de 50 km, le système est fiable mais au-delà, il perd en intérêt et en précision.
8. Agriculture de précision : Le système RTK, plus coûteux d’environ 5.000 euros (achat du matériel et du modem), est efficace 100 % du temps. Il s’aligne sur plusieurs antennes pour réduire la précision à 2 cm, et ne rencontre pas de problème selon les distances à l’antenne (fonctionnement par triangulation). L’avantage du système RTK repose sur le fait qu’il est possible de revenir exactement au même endroit sur la parcelle. Il est conseillé de s’assurer que le système de base est bien programmé.
Environnement
9. Biodiversité : ARVALIS travaille à des indicateurs sur la biodiversité fonctionnelle volante pour évaluer l’attractivité d’une haie et la dissémination des auxiliaires attirés par cette haie dans la parcelle agricole attenante pour lutter contre les bio-agresseurs. D'après les recherches et les hypothèses posées lors de la définition des indicateurs, l’implantation de haies sur les parcelles est essentielle pour constituer un habitat pour les auxiliaires de cultures. Les bénéfices d’une haie sont nombreux pour les cultures : pollinisation favorisée, lutte contre pucerons, protection des espèces en voie de disparition. Plus les haies sont fragmentées sur les espaces de culture, plus une dynamique de déplacements va se développer chez ces auxiliaires et intensifier leurs bénéfices. Autrement, l’auxiliaire se déplace uniquement dans un rayon de 30 m autour de la haie.
10. Gestion de l’eau dans le sol : ARVALIS réalise des bilans hydriques de sols réguliers pour comprendre les dynamiques des réserves en eau dans les différentes couches de son sol. .En 2025, Le bilan hydrique s’est effondré très tôt et très vite obligeant les plantes à puiser dans les réserves du sol, le printemps est considéré comme l’un des plus secs depuis vingt ans. Ces réserves varient selon les types de sol ce qui explique les impacts sur le rendement.
Fourrages
11. Espèces : Les fourrages multi-espèces sont plus performants et plus résilients aux aléas climatiques. Le concept est simple : si une espèce en pâtit, les autres compensent. De la même manière que le site choix couverts existe, herbe-book.org guide les producteurs dans le choix des espèces et des mélanges. Des essais de digestat seront réalisés sur la période 2025-2030, avec comme objectif : comparer la réponse de deux dates d’apport de digestat (un apport d’automne à un apport de printemps) avec une modalité d’engrais minéral déplafonnée en phosphore et potasse. Sur le long terme l’impact sur la flore et le sol sera également suivi.
12. Date de fauche : Il s’agit de calculer les sommes de températures. À 750°C, c’est la première fauche. À 900°C, c’est le premier foin. Avec le réchauffement climatique, les dates de premières fauches, calculées sur la base d’une somme de températures, sont de plus en plus précoces. De nouveaux essais sont mis en place pour mettre à jour nos préconisations afin de concilier quantité et qualité du fourrage. De nouveaux essais sont mis en place pour mettre à jour les préconisations afin de concilier quantité et qualité du fourrage.



