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Céréales : des coopératives à bout de souffle

Silos à céréales. © DR iStock
Silos à céréales. © DR iStock

La succession de crises céréalières épuise les finances des coopératives. Elles collectent moins de grains alors que leurs charges fixes ne cessent de progresser. Les soutiens apportés à leurs adhérents réduisent leurs capacités d’investissement.

« Une crise agricole ne s’arrête pas à la ferme. Elle touche aussi les coopératives. Et lorsque celles-ci décrochent, elles laissent des dizaines de milliers de céréaliers sans solution », a déclaré Antoine Hacard, le président de La Coopération agricole Métiers du Grain (LCAMG). Cette année, la collecte de céréales est inférieure de 9,5 Mt à 2025 et génèrera un manque à gagner de 240 M€, selon lui. Or les coopératives font face à des charges en forte hausse. Les prix de l’énergie flambent et la masse salariale explose. Les saisonniers employés durant la période de moisson ont travaillé de nuit, effectuant de nombreuses heures supplémentaires qu’il a fallu régler.

La LCAMG n’en est pas à sa première crise. En 2024, ses coopératives avaient déjà perdu 300 M€ et la récolte 2016 est encore dans toutes les mémoires. Entre temps, les campagnes « normales ou de relative abondance » ne leur ont pas permis de redresser leurs fonds propres et de réduire leur endettement.  Aujourd’hui, « les coopératives n’ont plus les moyens d’amortir des crises. Leur résilience a des limites », soutient Antoine Hacard.

Modernisation

Leurs charges fixes croissent un peu plus chaque année. En 2024 (derniers chiffres connus), les frais financiers des coopératives équivalaient à 39,7 % de leur Ebitda (ou excédent brut d’exploitation) et leurs fonds propres ne représentaient plus que 28 % du total de leurs actifs (- 4 points en 6 ans).

En conséquence, les coopératives n’ont plus les fonds nécessaires pour verser des compléments de prix à leurs adhérents et pour autofinancer leurs investissements, notamment le plan Infrastructures 2030 de l4,3 milliards d’euros engagé pour restructurer et moderniser leur parc de silos. Ce plan prévoit aussi la modernisation des terminaux et des accès fluviaux, ferroviaires et maritimes. 

Cette campagne-ci, la production mondiale de blé (822 Mt) est la plus élevée après celle de 2025 mais en Union européenne, elle régresse. Or les marchés ont besoin du blé européen, disponible à l’export en toutes circonstances. Si la France veut devenir une puissance agricole à part entière et conduire sa diplomatie du blé, elle doit produire davantage de grains pour avoir les moyens d’apaiser les tensions géopolitiques générées par les conflits en mer Noire et au Moyen- Orient sur les marchés des céréales. Trop de pays sont actuellement fragilisés par leur dépendance à l’égard de la Russie et de l’Ukraine pour s’approvisionner en blé notamment.

Produire davantage

Pour la prochaine campagne 2026-2027, les coopératives redoutent une extension massive des jachères en France. Selon elles, le plan engrais du ministère de l’Agriculture n’est pas en phase avec le calendrier d’achat et d’épandage des agriculteurs. Il rencontre peu de succès alors que la Commission européenne a débloqué 107,1 M€ pour le financer.

« Par ailleurs, la Mesure d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ajoute des coûts à des activités qui ne sont pas rentables », souligne Antoine Hacard. Pour fluidifier leurs transactions commerciales, les coopératives demandent au gouvernement de porter le taux de l’aval - le mécanisme de  garantie financière qui facilite l'obtention de lignes de trésorerie à court terme auprès des banques pour acheter des céréales aux producteurs de 70 % à 80 %.

Enfin, les coopératives attendent avec impatience l’application des lois françaises et  réglementations européennes récemment adoptées. Les décrets de la loi sur l’eau pour financer des projets de stockage et de réutilisation ne sont pas encore parus. A Bruxelles, les coopératives misent sur le nouveau règlement européen (UE) 2026/1388 sur les nouvelles techniques de sélection végétale (NGT/NBT) pour activer la recherche variétale et la mise sur le marché de variétés de céréales adaptées aux nouvelles conditions climatiques et environnementales.