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Le blé dur à l’écart de l’opulence

Champ de blé. © Photo DR iStock
Champ de blé. © Photo DR iStock

La production mondiale de blé dur décline alors que les autres céréales battent régulièrement de nouveaux records chaque année. Or sa consommation s’accroît de 0,7 Mt par an, rendant les pays déficitaires toujours plus dépendants de l’import. 

En début de campagne en France, le prix du blé dur n’a pas échappé pas au mouvement baissier qui affecte l’ensemble des grains. L’écart de prix en dollars avec la céréale canadienne (320 dollars la tonne) est réduit à peau de chagrin depuis la mi-juillet, selon le Conseil international des céréales (CIC). En euros, le repli est encore plus accentué.

A Port-la-Nouvelle (Aude), la tonne de blé dur se rapproche du seuil de 260 € après avoir perdu près de 30 € en un mois. L’an passé à la même période, elle valait 430 €, soit 170 € de plus. Or comparés à la campagne 2024-2025, les fondamentaux n’ont pas réellement changé à l’échelle mondiale. 35,9 Mt de grains seront de nouveau engrangées cet été, selon le CIC. Tout au plus observe-t-on une répartition plus équilibrée de la production de blé dur entre le Canada (5,8 Mt ; =0 versus 2024), le Mexique (0,6 Mt; - 0,8 Mt),  l’Union européenne (UE) (8 Mt ; +0,8 Mt) et le Maghreb (4,8 Mt ; +0,8 Mt) structurellement déficitaire malgré les efforts déployés pour parvenir à l’autosuffisance. Mais les conditions de cultures se détériorent, au rythme des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Toutefois, la consommation mondiale de blé dur (35,9 Mt en 2025-2026) croît chaque campagne de 0,7 Mt depuis trois-quatre  ans. Et cette année, sa production sera juste suffisante pour la satisfaire.  

Activité risquée

En fait, moins de blé dur est produit et consommé qu’il y a dix ans. Le différentiel porte sur 3 Mt par rapport à 2016-2017. Comparé à la campagne 2011-2012, le chiffre est supérieur à 5 Mt ! En UE, la production est inférieure à 9 Mt depuis 2016 et elle n’a été supérieure à 8 Mt qu’à deux reprises, en 2018 et cette année. La situation de la France ne fait pas exception. Le seuil de 2 Mt n’a pas été atteint depuis 2017 et celui de 1,5 Mt, depuis 2021. Le doublement de l’enveloppe (15 M€) allouée à l’aide PAC couplée, annoncée au début du mois de juillet par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, vise à relancer la culture de blé dur. Mais jusqu’à présent, les différents plans de relance du ministère n’ont eu aucun impact. En fait, la culture de blé dur est devenue une activité très risquée. En attendant, l’UE est, avec le Maghreb, le second bassin de consommation majeur de blé dur structurellement déficitaire (1 Mt). La France exportera pourtant la moitié de sa production sur le marché européen (600 000 t).  

Pas de grains disponibles

Au sud de la Méditerranée, le déficit de blé dur est trois fois supérieur (3,2 Mt en 2025) à l’européen malgré le redressement de sa production (4,8 Mt ; +0.8 Mt). Aussi, le Maghreb en importera 3,2 Mt cette campagne-ci  (3,75 Mt l’an passé), soit l’équivalent de 40 % du blé dur consommé. L’ensemble du bassin méditerranéen concentrera à lui seul près de la moitié des échanges commerciaux mondiaux (4,2 Mt sur 8,4 Mt). Le blé importé sera expédié en grande partie du Canada. Le pays compte en effet exporter 4,9 Mt de grains sur les 5,8 Mt engrangées. Les Etats-Unis feront aussi partie des pays destinataires du blé canadien expédié (600 000 tonnes) puisqu’ils ne peuvent plus compter sur le Mexique pour s’approvisionner. Par ailleurs, les volumes de blé dur vendus dans le reste du monde (Japon, Nigéria, Amérique du sud notamment) portent moins d’un million de tonnes. A l’export, la Turquie jouera les seconds rôles sur les marchés en n’exportant que 500 000 t de grains (versus 1,6 Mt en 2023-2024). Mais sa production de blé stagne autour de 3,8 Mt alors que le pays en avait engrangé 4,4 Mt deux campagnes auparavant, un record qu’il n’a jamais réitéré. Les pays importateurs de blé dur pourront aussi compter sur l’Australie (250 000 t) et le Kazakhstan (400 000 t) pour s’approvisionner, même si leurs ventes portent sur des volumes modestes. Mais faute de grains disponibles, les échanges mondiaux de blé dur ont régressé de 1 Mt en trois campagnes.