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Les nouveaux enjeux de la filière semences

Semences. © iStock-Prostock-Studio
Semences. © iStock-Prostock-Studio

Face au changement climatique et au nouvel environnement géostratégique, les semenciers adaptent leur programme de recherche et comptent sur les pouvoirs publics sur le plan financier et réglementaire pour accompagner cette transition.

En une décennie, la filière française des semences s’est renforcée, consolidée et internationalisée, malgré la fermeture de certains marchés, ont rappelé les intervenants du colloque organisé récemment par Agridées, à Paris sur le thème « Semences et stratégies internationales ». La France continue d’attirer les semenciers du monde entier grâce à son tissu d’acteurs dans la recherche, le développement, l’innovation et la multiplication de semences, ancrés dans les territoires. Son savoir-faire historique et son cadre de certification qui permet d’échapper aux brevets restent ses points forts selon une étude publiée par Agridées en février dernier : « La semence s’affirme dans un environnement à risques ». Déjà identifiés dans une étude précédente en 2015 ces points forts perdurent, mais de nouveaux enjeux apparaissent en lien avec les bouleversements que connait le monde. 

A l’ordre du jour il y a dix ans, le changement climatique est devenu beaucoup plus prégnant dans les préoccupations des filières, pour mettre sur le marché des variétés plus adaptées, plus résistantes au stress hydrique et aux bioagresseurs. Aujourd’hui, les entreprises ne se contentent plus de la performance de la plante. Elles s’impliquent dans les services agroenvironnementaux, les crédits carbone par exemple. Elles renforcent leur offre de plantes de service, de couverts végétaux et de légumineuses aux cotés de la sélection traditionnelle pour préserver la fertilité des sols. « Ce n’est plus la rentabilité de la plante elle-même qui est recherchée, mais celle de l’exploitation dans son ensemble », a indiqué Laurent Guerreiro, président de RAGT SA lors du colloque organisé par Agridées.

Nouvelles orientations de recherche

En dix ans, les relations internationales qui étaient beaucoup plus apaisées sont devenues de plus en plus tendues avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine et désormais celui du Moyen-Orient enchaînant des craintes durables sur l’augmentation du prix de l’énergie et des fertilisants. Ce qui n’est pas neutre sur la stratégie des entreprises. La question de la souveraineté alimentaire par exemple, apparue avec l’épidémie de Covid en 2020, est dans l’agenda des décideurs. Ainsi de nombreuses entreprises de sélection ont développé leur recherche dans la production de semences de plantes riches en protéines, comme le pois, dont l’Europe est fortement dépendante. Il n’empêche que depuis 2015 la plupart des entreprises ont renforcé leur présence à l’étranger. Notamment pour accéder à de nouvelles ressources génétiques susceptibles d’améliorer leur offre variétale en France et ailleurs. 

D’autres ont pris conscience de la contribution de la semence à la chaîne de valeur. Certaines filières, telles que blé dur-pâtes, lin-fibres textiles, pommes de terre fraîches et industrielles, orge de brasserie-bière et betterave sucrière-sucre-éthanol considèrent la semence comme porteuse de solutions pour des productions durables, compétitives et correspondant aux critères des process industriels de transformation et aux attentes des consommateurs. 

Soutien public 

Face à ces nouveaux enjeux, les différentes filières attendent des pouvoirs publics qu’ils s’impliquent davantage en pérennisant le soutien qu’ils accordent aux entreprises grâce à la poursuite des partenariats privé public, le crédit impôt recherche et surtout qu’ils n’entravent pas les progrès de la science par des réglementations excessives. Il en est ainsi des nouvelles techniques génomiques (NGT) dont l’autorisation n’est pas encore acquise au Parlement européen. Certes, le bout du tunnel est à portée de vue, mais l’examen du texte qui permettrait de les autoriser a encore été reporté d’un mois au Parlement européen.

Il y a urgence, plaident les semenciers pour se doter des mêmes outils que les autres acteurs internationaux qui ne sont pas confrontés à ce genre de difficultés. « Il est temps d’arrêter de discuter », a insisté Charles Meaudre, président d’Agridées, car « quand on achète une graine, on investit aussi  dans l’avenir », a-t-il ajouté. Confrontés à la nécessité de réduire les intrants chimiques, aux impasses dans la protection des plantes, aux limitations d’accès à l’eau, les agriculteurs ont beaucoup plus d’attentes vis-à-vis de la semence. 

 

Les chiffres clefs de la filière semences française en 2024/2025 

  • Premier marché européen (20-25 %), lui-même représentant 15 à 20 % du marché mondial
  • Premier producteur européen de semences
  • Premier exportateur mondial de semences de grandes cultures
  • Chiffre d’affaires : 3,9 milliards d’euros
  • Excédent de la balance commerciale : 1,6 milliard d’euros
  • Budget annuel de recherche : 450 millions d’euros, soit 13 % du chiffre d’affaires
  • 75 entreprises de sélection, 274 entreprises de production, 4 881 entreprises de commercialisation, 12 000 emplois
  • 16 500 agriculteurs multiplicateurs, 390 000 agriculteurs utilisateurs