Après plusieurs années marquées par une érosion des surfaces, La Coopération Agricole (LCA) Luzerne de France affiche un optimisme retrouvé. Entre stabilisation de la sole, avantage compétitif énergétique et innovations technologiques, la filière entend se mettre en en ordre de bataille pour 2030.
Lors d’une conférence de presse tenue à Paris le 7 avril, les dirigeants de la filière luzerne se sont voulus rassurants et optimistes : la phase de déclin des surfaces de luzerne déshydratée en France est atténuée même si l’année 2025 a connu une légère inflexion. « Le marché est apuré. Il n’y a plus de stocks aussi abondants dans les fermes françaises », a affirmé Pierre Bégoc, directeur général de France Luzerne et de Désialis.
Cette situation nouvelle résulte d'une stratégie commerciale offensive, visant notamment à regagner des parts de marché sur le sol européen, avec des volumes de ventes proches du record de 2018, mais aussi à conquérir d’autres pays à l’image de la Chine. « On tente de rattraper un retard de 10 ans vis-à-vis de nos concurrents italiens ou espagnols qui traitent avec Pékin depuis 2014 », a indiqué Olivier Morant, président de LCA Luzerne conscient toutefois que « le chemin chinois reste long ». En effet, l’agrément d’exporter de la luzerne déshydratée n’a été obtenu que l’an dernier. Mais les liens pourraient encore plus se renforcer à l’occasion du prochain congrès mondial de la luzerne qui, après Reims en 2025, se déroulera à Shandong (Chine) en 2028.
Cap : 90 000 hectares en 2035
Si la production hexagonale s'est établie à 725 000 tonnes en 2025 pour une surface de 66 500 hectares, l'heure est à la stabilisation pour 2026 avant une reprise de la croissance attendue dès 2027. Les ambitions à long terme sont claires : Olivier Morant vise les 70 000 hectares en 2030, pour atteindre une fourchette comprise entre 80 000 et 90 000 hectares à l'horizon 2035.
Il estime que l’atout majeur qui peut convaincre les agriculteurs de cultiver cette herbacée réside dans ses nombreuses vertus à commencer par la décarbonation. Alors que le conflit au Moyen-Orient pèse sur les coûts de l'énergie, en particulier le gaz qui a augmenté de 81 % depuis cinq semaines, les usines françaises, largement décarbonées, tournent à plein régime contrairement à leurs concurrents espagnols ou italiens. Autres intérêts de cette plante : le stockage carbone et son apport naturel en azote. En effet, sur le plan climatique, la culture de luzerne s'impose comme un levier de décarbonation efficace, capable de stocker jusqu'à 6,7 tonnes de CO2 équivalent par hectare et par an. La plante fixe également entre 150 et 300 kg d’azote par ha et par an. Après récolte, ce sont entre 50 à 150 kg N/ha qui sont disponibles pour la culture suivante, avec un effet prolongé sur un ou deux ans.
Mais LCA-Luzerne sait aussi que le futur de la filière se jour dans les laboratoires. Un projet de recherche d'envergure, réunissant un consortium de semenciers, doit voir le jour fin 2026. L'objectif est de mettre en commun des outils de pointe, tels que la sélection assistée par marqueurs et le phénotypage haut débit, pour améliorer les rendements, les taux de protéines et la résistance aux maladies. Au-delà de la génétique, la luzerne confirme son intérêt économique et environnemental. Une étude menée avec l'Inrae a démontré qu'une alimentation à base de luzerne déshydratée permet d'augmenter la production fromagère chez les caprins de 100 g par jour et par animal, générant un gain potentiel de 80 000 € par an pour un éleveur transformateur.



