Les prix des céréales sont poussées à la hausse du fait combiné du blocage des ports russes et ukrainiens bombardés et de la baisse des productions mondiales. Mais les volumes de blé, d’orge et de maïs sont trop bas dans notre pays pour profiter pleinement de cette conjoncture et rendre ses cultures rentables.
Ce mois de septembre, la dynamique des prix n’a rien à voir avec celle de l’an passé. Les céréales originaires de la mer Noire sont « soldées » 210 $ la tonne environ puisqu’une grande partie d’entre elles sont immobilisées dans les ports russes et ukrainiens ou stockées faute de routes alternatives suffisantes pour les expédier (cf. encadré). Mais les cours des grains dans l’Union européenne (UE) ou aux Etats-Unis ont gagné des dizaines d’euros depuis la mi-juillet : le 14 septembre dernier, la tonne de blé valait 280 $, celle du maïs, 349 $ et celle de l’orge, 258 $.
En fait, les productions mondiales de blé, d’orge et de maïs seraient inférieures d’au moins 70 millions de tonnes (Mt) par rapport à l’an passé. Les conditions climatiques en France et sur une partie de l’UE sont en partie responsables de ce repli alors que plusieurs dizaines de millions de tonnes « mer Noire » sont soustraites de l’export. Faute de précipitations, le potentiel de production de la prochaine campagne hexagonale 2027-2028 est déjà entamé.
Orges compétitives
En attendant, les céréaliers français ne seront pas victimes de la double peine comme en 2024, à savoir une chute des récoltes et des prix faibles. Pour autant, l’effet ciseau prix-charges demeure, car la baisse des rendements accroît mathématiquement leurs coûts de production, déjà très importants et les cours ne sont pas encore assez élevés pour les compenser. Lors du Conseil spécialisé grandes cultures de la rentrée, FranceAgriMer a présenté le premier bilan de campagne 2026-2027 de la France en s’appuyant sur un certain nombre d’éléments conjoncturels. En disposant de 32 Mt de blé (dont 29,1 Mt collectées cette année), les collecteurs puiseront dans leurs stocks pour en exporter 13,5 Mt dans l’Union européenne (UE) et vers les pays tiers (-1 Mt sur un an), mais aussi pour en vendre 5,2 Mt à l’industrie de l’alimentation animale (+11 % sur un an). En UE comme en France, le blé sera préféré au maïs, trop cher à l’achat, pour formuler des aliments. Selon FranceAgriMer, les fabricants d’aliments utiliseront de l’orge en quantités massives (1,35 Mt ; +26 % sur un an) sur les 10,6 Mt disponibles (dont 9,3 Mt collectées). A l’export, le marché européen sera aussi mieux approvisionné (3,0 Mt ; + 19 % sur an), car la céréale est très compétitive comparée au maïs.
Mais l’Hexagone sacrifiera ses débouchés traditionnels vers les pays tiers (Chine, Arabie saoudite). Il ne pourra leur vendre que 2,3 Mt d’orge. Toutefois, le Maroc importera moins de céréales à paille cette campagne-ci que durant la précédente, car ses récoltes ont été très bonnes.
Maïs : indicateurs au rouge
Enfin, la France ne pourra pas miser sur les retraits des marchés – contraints - de la Russie et de l’Ukraine pour saisir quelques opportunités à l’export et remporter de nouveaux appels d’offres africains ou moyen-orientaux. A mi-campagne, l’Australie et l’Argentine ne manqueront pas de proposer des céréales bon marché, quand viendra le temps d’engranger leurs récoltes.
Quant au maïs, tous les indicateurs sont au rouge. Sa production mondiale diminuerait durant la campagne (1291 Mt, -40 Mt – source USDA) et ne serait pas suffisante pour couvrir la demande. En France, la quantité de grains disponibles s’est effondrée (9,7 Mt ; -32 % sur un an) en raison de la sécheresse. Seules 6,9 Mt seront collectées (-41 % sur un an) durant la campagne. Aussi, les maïsiculteurs n’éviteront pas de nouvelles pertes alors que le prix du maïs est élevé. Seules 2,5 Mt seront exportées (-3,3 Mt sur un an). Surtout, l’industrie de l’alimentation animale prévoit de transformer 30 % de grains en moins que l’an passé (1,95 Mt). En conséquence, l’Union européenne importera à prix élevés une partie du maïs que la France n’a pas produit pour l’exporter à ses voisins. Mais une partie des fabricants européens d’aliments préfèreront l’orge et le blé français au maïs américain.
Mer Noire : ports bloqués, des solutions alternatives limitéesLes pays africains et moyen-orientaux, importateurs de céréales, comptent sur l’Ukraine et la Russie, ainsi que sur leurs 90 Mt de grains exportables, pour être approvisionnés. Des routes alternatives aux ports de la mer Noire et de la mer d’Azov bloqués existent, mais elles permettent d’expédier à peine la moitié des volumes habituellement chargés dans des cargos chaque mois. L’Ukraine peut néanmoins compter sur le ferroviaire, la route et le fluvial pour livrer 3,0 Mt à 3,5 Mt de grains chaque mois, moyennant un coût supplémentaire de 45 à 50 $/t. Mais l’étiage du Danube, en raison de la sécheresse, est très faible. La Russie est géographiquement très enclavée. Sur la mer Baltique, ses ports ne sont pas à l’abri d’attaques ukrainiennes et leurs capacités de chargement sont limitées (7 Mt/an). Jusqu’à 10 Mt de grains peuvent aussi être déroutées vers les ports des pays baltes, mais ces derniers ont l’intention de taxer fortement leur transit. En Sibérie, Vladivostok, sur la côte pacifique, est quasiment hors d’atteinte, et la mer Caspienne est réservée aux échanges régionaux entre pays côtiers. Aucune route arctique n’est envisageable car les ports ne sont pas aménagés pour recevoir et expédier des céréales. |



