Philippe Mauchamp, chargé de mission circuits courts à la Chambre d’agriculture des Vosges, a évoqué le point d’avancement du projet AVIQUAT à l’occasion de la session Chambre du 21 septembre.
Ce projet de développement d’une filière de volaille de chair territoriale est porté par les agriculteurs. Son objectif est de : «réimplanter une AVIculture QUAlitative Territorialisée».
L’enjeu du projet
Le projet AVIQUAT a émergé face au constat du manque de moyens de production de volaille au centre de la Région Grand Est. Il a pour but «de repeupler le désert avicole». Malgré un écosystème favorable, la présence de céréales, de circuits courts développés et un risque sanitaire réduit du fait de la dispersion des ateliers, seulement une volaille est produite dans les Vosges pour 1.000 consommées. «Nous ne produisons même pas 0,1% de ce que nous consommons», commence Philippe Mauchamp. De plus, dans les Vosges, une trentaine de producteurs d’œufs se voit envoyer leurs poules de réforme dans les pays de l’Est de l’Europe lorsqu’ils n’arrivent pas à les vendre aux particuliers, faute d’outils d’abattage plus proches. Ce projet permettrait également une relocalisation de cette étape de production dans la Région.
Le projet a aussi pour ambition de permettre la diversification des exploitations et, de ce fait, d’améliorer leur résilience. «C’est une production différente des herbivores. Donc, sur des années difficiles en termes de production de fourrage, ce sont des ateliers qui peuvent fonctionner», souligne-t-il.
Plusieurs types d’ateliers sont envisagés. Du poulet standard : en bâtiment sur paille avec des souches à croissance rapide, destiné à de l’abattage et de la découpe pour approvisionner les marchés de la restauration hors domicile et marchés de rituels. Mais aussi une production segmentée, plein air et biologique avec des croissances plus lentes, destinée à la vente directe et aux magasins spécialisés. Philippe Mauchamp ajoute : «L’idée c’est de travailler sur du circuit court car il peut représenter 5 à 7% de la consommation, et aussi local, sans être focalisé que sur le plein air. Quand les gammes sont larges et qu’il y a un accès à tous les marchés, les circuits fonctionnent car, dans tous les segments commerciaux, il y a du monde intéressé par le local».
Dans des logiques de confortation des exploitations, les principales cibles sont les ateliers complémentaires et de petite taille sur des fermes existantes et partiellement engagées sur des circuits courts. Ces derniers disposent déjà d’une clientèle «il est plus facile de compléter une gamme que d’en recréer une» complète l’intervenant.
Les acteurs
Le programme AVIQUAT implique l’ensemble du territoire, aussi bien des structures comme les Chambre d’Agriculture que les syndicats agricoles pour des enjeux d’installation, de développement économique, d’enseignement agricole mais également, d’enseignement hôtelier qui sont en demande pour travailler avec des produits locaux. Le projet concerne également les collectivités territoriales avec la restauration hors domicile, les projets alimentaires territoriaux pour l’approvisionnement local, ainsi que les entreprises de collecte et de transformation des céréales qui pourraient voir s’ouvrir de nouveaux marchés. Il implique également une série de structures économiques : l’atelier des éleveurs, basé dans la Meuse, la SAS Cleurie France frais, dans les Vosges, et Paysan bio lorrain, en Meurthe-et-Moselle qui sont intéressées. Agria Grand Est fait également partie du programme sur l’activité de transformation pour travailler sur ces filières. Enfin, le dernier acteur, essentiel est ADEQUAT, qui va porter l’investissement. ADEQUAT étant déjà une coopérative qui réalise des prestations de service dans le domaine des animaux de boucherie, le développement d’une filière volaille s’inscrit dans la continuité de son activité. Philippe Mauchamp ajoute : «Il faut maintenant réunir tous les acteurs afin de créer des dynamiques».
L’investissement
Beaucoup de producteurs s’intéressent à produire de la volaille pour proposer un nouveau produit à leur réseau de clientèle, déjà constitué. La coopérative ADEQUAT dispose déjà de ressources favorables au développement de la filière avicole car elle dispose de la main d’œuvre, des fournisseurs, des services, des flux, de la gestion des déchets et de la production d’énergie nécessaires. La Chambre d’agriculture des Vosges étant membre fondateur et associée d’ADEQUAT, son directeur, Matthieu Hammer ajoute : «Nous avons la chance d’avoir du foncier disponible pour implanter AVIQUAT».
L’investissement initial est conséquent et atteint un budget global de trois millions d’euros. Cet investissement se compose de deux parties. L’une d’un montant de 2.700.000€ et l’autre, qui se compose de l’accompagnement de la Chambre d’Agriculture et d’ADEQUAT. Au niveau du capital social, 100.000€ ont été validés au niveau de la Chambre et, en termes d’engagement, 100.000 à 150.000€ sont attendus de la part des producteurs. À l’heure actuelle, les financements principaux proviennent de l’État et de la Région via le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER).
Les actions à venir
«Nous sommes au stade où nous pouvons communiquer et mobiliser les éleveurs», explique Philippe Mauchamp. En effet, un groupe d’éleveurs intéressés par la production de volaille de chair est en cours de création. «Une première rencontre va être organisée mais le groupe reste ouvert à de nouveaux producteurs», précise-t-il. (Pour les agriculteurs intéressés, vous pouvez contacter Philippe Mauchamp au numéro suivant : 06.85.94.21.97).
Ensuite, une formation « Découvrir l’élevage de volaille », ouverte à tous les éleveurs, se tiendra les 2 et 12 novembre. Au programme : visites d’élevages et intervention d’un vétérinaire spécialisé. L’occasion pour les éleveurs de découvrir le comportement, l’alimentation et les particularités de cet animal par rapport aux autres types d’élevage auxquels ils sont habitués. (Pour les personnes intéressées par la formation, vous pouvez contacter Marine Granjean au numéro suivant : 06.99.65.72.65)
De plus, la coopérative ADEQUAT Vosges tiendra son assemblée générale le 24 novembre. Le projet sera présenté en détail, ainsi que les modifications statutaires nécessaires au portage du projet. Les agriculteurs non adhérents de la coopérative pourront assister à cette assemblée générale pour découvrir le fonctionnement de la coopérative et en savoir un peu plus sur le projet.
Fin novembre et début décembre, trois portes ouvertes seront programmées dans des exploitations du groupe. L’occasion de réaliser des simulations avec les ateliers souhaités pour parler de leurs impacts.
Une démarche de Recherche et développement (R&D) sur la valorisation des poules devrait démarrer en janvier avec Agria Grand Est. Sans oublier les démarches de construction d’une filière territorialisée pour la restauration hors domicile où les accords de financement vont permettre de travailler avec les éleveurs, le responsable du groupement d’achat des collèges et lycées…
Fin janvier, des réunions d’information et d’échanges en vue des engagements finaux des producteurs auront lieu dans les Vosges, la Meurthe-et-Moselle et la Haute-Saône.
Pour mener à bien cette dynamique, un comité d’orientation, co-présidé par la Chambre d’agriculture des Vosges et ADEQUAT, associant les éleveurs impliqués, les élus locaux et les partenaires institutionnels a été créé. Il a pour mission de suivre régulièrement l’avancée du projet que ce soit sur l’investissement, les actions et la mobilisation des éleveurs, pour réussir à mettre en place des ateliers qui permettront d’abonder l’activité d’AVIQUAT dans un délai de trois à quatre ans.




