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Climat : l’agriculture encore en première ligne

Thermomètre © Photo DR Pixabay
Thermomètre © Photo DR Pixabay

Le Haut Conseil pour le climat (HCC) vient de publier son dernier rapport. Il dresse un constat alarmant de la situation climatique sous nos latitudes mais cible, encore une fois et injustement le secteur agricole. Si l'urgence est réelle, les préconisations ignorent les contraintes de souveraineté.

Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a publié le 9 juillet son rapport annuel. Si cet organisme indépendant reconnaît que le réchauffement planétaire atteint désormais 1,4 °C et que la France subit des impacts dévastateurs, elle pointe du doigt le secteur agricole avec une sévérité déconnectée des réalités de terrain. Le HCC souligne avec une satisfaction (feinte ?) que les émissions agricoles ont baissé de 0,7 % en 2024 et de 1,3 % en 2025. Mais à quel prix ? Le rapport admet lui-même que cette réduction est « portée par la poursuite de la décapitalisation de l’élevage bovin ». En clair, l’agriculture française réduit ses émissions parce que les éleveurs font faillite, plombés par des conditions socio-économiques difficiles et une compétition internationale déloyale. Le cheptel bovin a perdu 350 000 têtes en un an, une hémorragie que le HCC juge insuffisante puisqu'il réclame une accélération du rythme de baisse des émissions par 3,4 dès 2026 pour respecter la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3). Entre les épisodes de canicules précoces dès le mois de mai, l'émergence de maladies vectorielles comme la maladie hémorragique épizootique (MHE) la fièvre catarrhale ovine ou la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les éleveurs sont déjà en première ligne de la crise climatique. Pourtant, au lieu de proposer un accompagnement vers une résilience protectrice, le HCC exige un « changement d'échelle » qui ressemble davantage à un réquisitoire contre la production nationale. Le temps scientifique n’est pas le temps agricole et les dirigeants du HCC semblent avoir du mal à le comprendre et à l’intégrer dans leur modèle.

Contradiction

De manière tout aussi frontale, le rapport souligne que  « l’empreinte carbone de l’alimentation s’élève à 135 Mt éqCO2/an en 2023, soit 23 % de l’empreinte carbone totale de la France. Elle a diminué de 16 % entre 2010 et 2023, mais la part des émissions importées augmente, en particulier en provenance des pays tiers », indique-t-il. Toute personne bien constituée se poserait la question : pourquoi ? Pas les responsables du HCC qui entendent faire reposer l'essentiel de l'effort de réduction des gaz à effet de serre sur le seul secteur agricole et agroalimentaire. Cependant ignorant la hausse des émissions de GES international, est une injustice flagrante. Le HCC s'inquiète du retard de la transition mais refuse de voir que les hausses de prix des intrants, liées aux conflits géopolitiques, étranglent déjà les exploitations françaises. Vouloir imposer des baisses de consommation de viande et une transformation radicale des régimes alimentaires via la Stratégie nationale pour l'alimentation (Snanc) est une ingérence qui menace notre souveraineté alimentaire. On ne peut pas demander aux agriculteurs de stocker toujours plus de carbone dans les sols et les haies tout en réduisant massivement les budgets dédiés à la planification écologique, comme le note d'ailleurs le rapport avec une certaine contradiction.

Stockage de l’eau

Le point le plus critique  du rapport reste la gestion de l'eau. Le HCC se montre extrêmement sévère envers le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole, qualifiant les mesures de stockage de l’eau de « reculs ». L'instance dénonce ce qu'elle appelle un « verrouillage dans une forte dépendance à l’eau », préconisant une « sobriété hydrique » forcée. Cette vision purement idéologique ignore la réalité de nos cultures estivales (maïs, soja) pénalisées par des stress hydriques records. Le rapport fustige les retenues de substitution (les fameuses « bassines »), arguant qu'elles favorisent la « mal adaptation » et aggravent les tensions sur la ressource. Pourtant, sans stockage, comment garantir la survie de nos exploitations lors de sécheresses pluriannuelles ? Sans stockage, pas de production !  comment alors éviter l’augmentation de l’empreinte carbone alimentaire que le HCC dénonce ? La contradiction est flagrante mais n’émeut pas l’instance. Le HCC exige de fixer des objectifs de consommation d'eau toujours plus bas et de maintenir des processus de concertation qui, en réalité, bloquent tout projet d'irrigation de résilience. Critiquer l'intérêt général majeur des ouvrages de stockage, c'est condamner des territoires entiers à l'abandon face au changement climatique.

Enfin, le HCC remet en cause l'efficacité de la réforme de l'assurance récolte de 2023, suggérant d'y ajouter des « conditionnalités environnementales » obligatoires. C'est une double peine pour l'agriculteur : subir l'aléa climatique et être pénalisé s'il n'adopte pas les pratiques dictées par des experts parisiens. Le diagnostic climatique est réel, mais les remèdes du HCC sont inadaptés et dangereux pour la survie des exploitations. La transition ne pourra se faire contre les agriculteurs, ni sur leurs seules épaules. Il serait temps que le HCC  comprenne que l’agriculture ne doit pas porter seule le fardeau d’une transition punitive.

(*) Le rapport complet est disponible sur le site du HCC : www.hautconseilclimat.fr/

Les recommandations du HCC

Le HCC préconise une transformation structurelle du système alimentaire français pour répondre aux impératifs climatiques. Il recommande d'encadrer les acteurs de la distribution et de la restauration pour favoriser une offre plus végétale et moins dépendante des viandes importées, tout en assurant la transparence des approvisionnements. Ainsi, le soutien financier aux collectivités territoriales doit être pérennisé, notamment pour les Projets alimentaires territoriaux (PAT) et l'atteinte des objectifs de la loi Egalim.

Sur le volet des ressources, le HCC appelle à l'organisation sans délai de la sobriété hydrique via un plan dédié et au renforcement de la recherche agronomique sur les variétés résistantes au stress thermique. Au niveau européen, il défend une PAC plus ambitieuse, avec un budget sanctuarisé pour l'agroécologie et la fin des aides aux secteurs fortement émetteurs. Enfin, il recommande que la stratégie de souveraineté alimentaire soit mise en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone n°3 (SNBC 3) et que l'assurance récolte soit révisée pour « encourager de véritables pratiques d'adaptation ».