Longtemps perçue comme une démarche administrative complexe, la certification Haute Valeur Environnementale (HVE) en élevage viande s’impose aujourd’hui comme un véritable levier de débouchés et de valorisation économique pour les exploitations du Grand Est. Avec déjà 345 élevages certifiés dans la région, la dynamique est lancée et la demande du marché ne cesse de croître.
Depuis 2021, grâce aux aides de la Région Grand Est et des Agences de l’eau, une filière viande HVE s’est structurée en Grand Est afin de répondre aux obligations de la loi Egalim et «climat et résilience», notamment pour la restauration hors domicile.
La loi Egalim impose à la restauration collective un taux de 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de produits bio (toutes familles de produits confondus). Les principaux objectifs sont de garantir aux agriculteurs des prix équitables pour leurs produits, d’établir des contrats écrits et transparents entre les agriculteurs et les acheteurs, de réduire le gaspillage alimentaire et de permettre aux consommateurs de bénéficier d’une information claire sur l’origine des produits alimentaires et leurs caractéristiques.
La loi «climat et résilience» complète ces obligations avec un taux de 60 % de viandes durables et de qualité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et encourager la transition agricole et alimentaire. Il s’agit des «viandes bovines, porcines, ovines et de volaille et les produits de la pêche». Pour les restaurants collectifs gérés par l’État, ses établissements publics et les entreprises publiques nationales, le taux exigé est de 100 %. La certification HVE est clairement identifiée comme un des critères durables dans ces lois.
Des besoins en progression
Pour les abatteurs régionaux, le constat est clair : les besoins en animaux certifiés HVE augmentent et l’offre reste insuffisante pour couvrir la demande actuelle. Pour M. François, d’Élivia Mirecourt dans les Vosges, «la restauration hors domicile cherche des solutions pour répondre aux obligations réglementaires avec des budgets limités». La viande issue d’exploitation HVE constitue une alternative réaliste, à un coût proche du marché conventionnel.
Des systèmes de polyculture-élevage adaptés
Pour être certifié, il faut un minimum de dix points dans chaque item environnemental : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation azotée et gestion de l’irrigation. Après un audit initial réalisé par un conseiller technique, la certification est obtenue pour une durée de trois ans avec un audit intermédiaire en année N+1 et N+2.
Contrairement aux idées reçues, la HVE est particulièrement adaptée aux systèmes de polyculture-élevage du Grand Est. Les exploitations disposent déjà de nombreux atouts pour répondre aux critères de la certification :
- des infrastructures agroécologiques favorables à la biodiversité,
- une pression phytosanitaire limitée grâce à la diversité des cultures et à la présence de prairies,
- une fertilisation maîtrisée avec un bon équilibre entre les apports minéraux et organiques liés à l’élevage.
Pour de nombreux éleveurs, les pratiques actuelles permettent ainsi d’accéder à la certification sans bouleversement technique majeur.
Les principaux freins identifiés restent la crainte de la charge administrative, le manque de temps et le coût de la certification. Sur le terrain, les retours sont pourtant rassurants : «Il y a peu de contraintes. Les pratiques usuelles de nos élevages permettent de passer assez facilement », témoigne M. Colin, éleveur en Meurthe-et-Moselle, engagé depuis quatre ans dans la démarche, déjà à son deuxième renouvellement de certification.
Sur le plan économique, la filière prévoit une plus-value dédiée pour être plus rémunératrice que le marché et pour amortir le coût de la certification. Si un volume minimal d’animaux est nécessaire pour rentabiliser la démarche, la présence d’un marché structuré et durable est aujourd’hui un facteur clé de sécurisation.
La force du collectif
La réussite de la démarche HVE repose sur un principe essentiel : le collectif. La certification est portée par l’association Grand Est Qualité Viandes en démarche collective ce qui permet de réduire son coût par rapport à une démarche individuelle.
Côté amont, les organismes agricoles (Chambres d’agriculture, Organisations de producteurs) accompagnent les éleveurs dans le dispositif. Les éleveurs qui souhaitent se lancer peuvent se renseigner également auprès de leur acheteur pour connaître les besoins en région et les perspectives de valorisation.
Côté aval, les abatteurs soulignent que la filière ne peut se développer que si une offre suffisante et régulière permet de répondre aux marchés des collectivités. L’enjeu est aussi territorial : recapter des volumes aujourd’hui importés, maintenir les abattoirs de proximité et préserver la valeur ajoutée dans l’économie locale.
Pour savoir comment obtenir la certification ou pour toute information sur la démarche, contactez-nous : Grand Est Qualité Viandes, Tél. 03 83 96 68 04.



