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La FNB mobilise contre la baisse des prix

Bovins. © Photo DR iStock
Bovins. © Photo DR iStock

Selon la Fédération nationale bovine (FNB), la baisse des prix des animaux destinés au marché de la viande est « injustifiée ». Elle appelle les éleveurs à conserver leur bétail s’ils n’obtiennent pas satisfaction.

C’est un authentique bras de fer que les éleveurs bovins représentés par la Fédération nationale bovine (FNB) ont décidé d’engager avec les industriels de la viande et leurs abattoirs. « Les baisses de prix qu’ils exigent actuellement sont parfaitement injustifiées », a protesté le président de la FNB Patrick Bénézit le 29 avril au sortir d’un conseil fédéral de l’association spécialisée qui s’est emparé du dossier. « La pression est allée en s’accentuant ces dernières semaines », a rappelé l’éleveur. « Ça a commencé par des baisses de quelques centimes début avril, puis de 5-6 centimes mi-avril avant que cela n’atteigne 10 centimes en moyenne la semaine dernière (du 20 au 26 avril), selon les cotations entrées abattoir publiées par FranceAgriMer », a-t-il détaillé. « En cumulé, on atteint les 30 centimes, ce qui représente des millions d’euros perdus par les éleveurs ». Chaque semaine, ce sont en effet environ 50 000 animaux qui sont commercialisés en France pour la viande, dont 10 000 à 12 000 vaches laitières et 11 000 jeunes bovins à viande.

« Les fondamentaux restent bons » 

Or, selon la FNB, cette évolution ne s’explique pas par la conjoncture. « Nous n’avons pas observé de tendance semblable en Europe, ni constaté de baisse sensible de la demande et des prix côté italiens, ni même de baisse attestée de la consommation en France, ni encore de hausse tangible des importations », a énuméré Patrick Bénézit. Les industriels mettraient en avant l’importance de leurs stocks de viande, « une donnée invérifiable » selon la FNB. « La réalité, c’est que le milieu de la filière tente de reporter sur nous leurs hausses de charges », estime Patrick Bénézit. « Mais nous aussi nous subissons la hausse des prix de l’énergie et nous n’entendons pas être une variable d’ajustement ».

Les conséquences de ces pressions sont délétères pour la filière dans son ensemble, estime le syndicat. « C’est bien sûr d’abord le cas pour les éleveurs », a repris le président de la FNB. «Cela ne fait que depuis l’été dernier que les prix sont supérieurs aux coûts de production. Ils ne nous ont pas encore permis de reconstituer de trésorerie ni de procéder aux investissements nécessaires et longtemps repoussés.» Au-delà, c’est une balle dans le pied que se tire la filière bovine, a jugé Patrick Bénézit. « La baisse des prix des animaux engraissés va provoquer un développement des exportations d’animaux vivants. Les indicateurs montrent en effet qu’on ne dispose que de quelques jours de disponibilités de sorties de jeunes bovins. C’est donc un mauvais coup porté à la souveraineté alimentaire française. »

Les sections mobilisées 

Il reste que les éleveurs estiment disposer de quelques atouts pour inverser la tendance et faire revenir les abattoirs à la raison. « Nous demandons aux éleveurs d’exiger un retour aux prix antérieurs, quitte à ne pas fournir d’animaux, en tous cas pour les producteurs qui peuvent se le permettre », a-t-il lancé. La « matière première » risque en effet de se faire rare dans les mois qui viennent, a prévenu Cédric Mandin, secrétaire-général de la FNB. Environ 320 000 veaux, dont les deux-tiers du troupeau allaitant, ne sont pas nés lors de la campagne 2024/2025 du fait de la décapitalisation et de la fièvre catarrhale ovine (FCO). « Ils vont manquer aux abattoirs dans les semaines et mois qui viennent », a-t-il prévenu. 

Le bureau de la FNB brandit également la mobilisation de ses troupes. « Nous avons décidé de laisser libre cours aux initiatives des sections pour mener des actions coup de poing dans les jours qui viennent » a précisé Patrick Bénezit qui a également alerté la ministre de l’Agriculture Annie Genevard d’une situation qu’il juge « anormale ». « Je n’exclus pas, si rien ne change, de lancer ensuite une initiative nationale », a-t-il conclu.