Ce mercredi 3 décembre s'ouvrent les Assises du lait à Saint Malo. A cette occasion, la FNPL rappelle que le prix du lait aux producteurs est l'enjeu majeur des prochaines négociations commerciales qui vont s’ouvrir entre distributeurs et industriels. Interview de Yohann Barbe
Vous organisez les Assises du Lait les 3 et 4 décembre à Saint Malo, quels objectifs poursuivez-vous en réunissant l’ensemble de vos délégués ?
Yohann Barbe : En réunissant nos délégués départementaux à Saint Malo, nous souhaitons nous poser les questions essentielles pour l’avenir de la filière laitière et donner les axes stratégiques d’action pour l’année qui vient. Notre préoccupation aujourd’hui ce sont les futures négociations commerciales qui vont démarrer. Les distributeurs ont déjà communiqué à leurs fournisseurs les conditions générales de vente dans lesquelles figure la matière première agricole. Même si la non-négociation de la matière première agricole (MPA) est inscrite dans la loi Egalim, il y a toujours des risques d’attaques sur cette MPA. Nous veillerons à ce que ce ne soit pas le cas et nous demandons au gouvernement de s’assurer que les dispositions de la loi sont bien respectées et que des sanctions soient prises vis-à-vis des opérateurs fautifs.
C’est donc le prix du lait qui est votre préoccupation numéro un aujourd’hui …
YB : Effectivement nous mettons l’accent sur le prix du lait et notamment la valorisation de la matière grasse. Même si actuellement le cours de la matière grasse est plutôt orienté à la baisse sur les marchés internationaux, il reste encore à un niveau élevé. Alors qu’elle se négocie à 5000/6000 euros/tonne sur les marchés internationaux, elle n’est payée aux éleveurs que 2500 €/t environ. Ce que nous revendiquons, c’est un meilleur partage de la valeur et un juste retour aux producteurs de lait. A Saint Malo, nous aborderons également le projet d’accord avec le Mercosur et la prochaine PAC.
PAC : une coupe budgétaire inacceptable
Précisément sur le Mercosur, avez-vous été convaincus sur les avancées annoncées par les pouvoirs publics ?
YB : Nous ne sommes pas contre les échanges, mais nous souhaitons qu’ils soient équilibrés. A savoir que les normes sanitaires, environnementales, de bien-être animal qui sont imposées au producteurs européens, le soient également aux fournisseurs des pays tiers et éviter une concurrence déloyale. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Malheureusement nous constatons que le président Macron est moins allant dans le refus de la France d’accepter l’accord tel qu’il est actuellement. Nous comptons beaucoup sur les eurodéputés pour infléchir la position de plusieurs Etats et ainsi parvenir à une minorité de blocage.
Quelles sont vos priorités sur la PAC post 2027 ?
YB : Notre plus grande inquiétude, c’est une baisse annoncée du budget de 20 %, ce qui est pour nous inacceptable. Nous nous inscrivons totalement en faux contre l’argument de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui justifie cette coupe budgétaire par la nécessité de rembourser l’emprunt Covid. Cet emprunt Covid n’a pas bénéficié à l’agriculture, loin de là. A l’époque on a laissé travailler les agriculteurs pour assurer l’alimentation des Européens. Et aujourd’hui on leur demande des comptes. C’est incompréhensible, inacceptable, c’est même injuste.
La loi Duplomb a prévu un assouplissement des seuils des installations classées pour l’élevage, êtes-vous inquiet sur son application ?
YB : A ce stade non, mais nous devons être vigilants. L’arrêté qui doit concrétiser les dispositions de la loi est actuellement à l’examen du Conseil d’Etat et devrait être publié dans le courant du mois de janvier. Espérons que cette autorité administrative ne fera pas d’excès de zèle…
DNC : appel à la conscience collective
La dermatose nodulaire contagieuse n’est pas complètement éradiquée. Soutenez-vous toujours la stratégie qui a été adoptée par les pouvoirs publics ?
YB : Effectivement, il apparait encore de temps en temps de nouveaux foyers et j’en appelle à la conscience collective visant à respecter les consignes des mouvements d’animaux pour se débarrasser au plus vite de cette maladie.
Il faut être clair, nous ne soutenons pas la stratégie des pouvoirs publics. Ils ne font qu’appliquer la stratégie initiée par les scientifiques et validée par l’Union européenne. Elle repose sur le dépeuplement des élevages touchés, la vaccination et le contrôle strict des mouvements d’animaux, ce qui apparaît actuellement comme la seule méthode pour éradiquer rapidement cette épizootie. J’en veux pour preuve que les pays qui ne procèdent pas à l’abattage, comme dans les Balkans, ont mis des temps très longs à éradiquer la maladie. En plus de ça, ils gardent des animaux morbides et sans valeur qui, même guéris, ne produisent ni lait, ni viande. Au-delà de la gestion de cette maladie, je pense que les autorités communautaires et françaises devraient davantage prendre conscience de l’impact de ces maladies contagieuses émergentes et développer une politique de veille sanitaire plus performante.
Les producteurs de lait livreurs à Lactalis dont le contrat a été rompu, ont-ils trouvé une solution de rechange ?
YB : C’est aussi l’une de nos priorités. Que 100 % des producteurs évincés par l’industriel puissent continuer leur activité après la fin de leur contrat, la première échéance étant le 30 juin 2026. Si la plupart ont trouvé un nouveau collecteur, je reconnais qu’il y a encore des trous dans la raquette et quelques producteurs sont encore sans solution. Nous nous battons également pour que les éleveurs évincés puissent être remboursés du préjudice subi et puissent continuer leur activité dans de bonnes conditions, ce que Lactalis refuse obstinément. Nous continuons le combat.
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Aller plus loin : > Retrouvez les chiffres du lait en France, en septembre 2025 (site web de la FNPL) |



