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Lait : Une offre ferme mais des prix encore trop bas

Mise en bouteille du lait. © DR iStock
Mise en bouteille du lait. © DR iStock

Les éleveurs français sont actuellement confrontés à une surproduction qui déstabilise les cours. De son côté, Syndilait, l’organisation qui regroupe la majorité des fabricants de laits de consommation liquides, souhaiterait mieux répartir la valeur ajoutée, notamment en direction des éleveurs. 

En valeur absolue et en comparaison d’autres secteurs agricoles, le lait français se porte relativement bien : « La demande est couverte à 99 % par l’offre hexagonale et au cours des dix dernières années, les importations de lait étranger ont chuté de 86 % », a souligné Romain Deuberque, président de Syndilait. Pas moins de 2,6 milliards de litres de lait liquide (12 % de la production nationale) ont été consommés en frais, UHT standard, UHT entier, demi-écrémé, délactosés…ce qui correspond à environ 39 litres de lait par an et par habitant. Même le lait bio, chahuté par les nombreuses déconversions des derniers mois, a pu redresser la barre et « se stabiliser », a concédé Romain Deuberque.

Cependant, tous les feux ne sont pas au vert et les exploitations laitières françaises font face à une production trop abondante, au point que certains producteurs sont contraints de jeter des milliers de litres faute de débouchés immédiats. La situation est pour le moins paradoxale puis que le cheptel national poursuit sa décrue, passant de 3,8 à 3,3 millions de têtes en dix ans. Cependant, cette baisse numérique est plus que compensée par une explosion de la productivité par animal. Selon le Centre national interprofessionnel d’économie laitière, la production moyenne par exploitation a bondi de 45 % entre 2015 et 2025. 

Coûts industriels

Alors que les prix ont été élevés en 2025, franchissant parfois la barre des 500 euros/tonne pour le lait conventionnel, les éleveurs subissent aujourd'hui un contrecoup brutal. Depuis octobre dernier, les prix payés en sortie de ferme ont décroché pour tomber à 481 euros la tonne en février, soit une baisse de 10 % par rapport au pic de l'automne 2025. La chute des cours est d’autant plus brutale que les coûts de production ne cessent d’augmenter, en raison du conflit au Moyen-Orient qui a entraîné la flambée des matières premières, notamment des énergies.

La hausse se fait également sentir sur les coûts industriels : les emballages (+ 10 %), le transport, le carton (environ +10 %) , le plastique (en moyenne + 30 %) et l’aluminium (+ 30 %) ont grevé les comptes des coopératives et des industriels privés. En plus, « les négociations commerciales ont été très difficiles », a ajouté Romain Deuberque. Tant et si bien « que face à cette explosion des coûts, les marges de nos entreprises sont sous tension », a indiqué Emmanuel Vasseneix, vice-président de Syndilait. 

Avoir des éleveurs bien rémunérés

Face à cette crise, les représentants de Syndilait appellent à la prudence. Emmanuel Vasseneix a alerté contre des décisions radicales, comme l'abattage de bêtes, alors que les perspectives de collecte pour l'été pourraient être moins bonnes. « Attention à ce que la baisse du prix du lait ne décourage pas les éleveurs de produire », a-t-il averti. Une stabilisation des prix est espérée pour la seconde moitié de l'année 2026, portée par la bonne tenue de la consommation globale. Néanmoins, la bataille pour une juste valorisation du lait reste entière« Pour avoir des filières durables, il faut des éleveurs bien rémunérés », a soutenu le vice-président de l’organisation. « A un euro le litre de lait UHT vendu au consommateur, contre 0,92 euro/litre (début mai, ndlr), on assure la pérennité de la filière. Un euro, ce n’est pas cher mais très rémunérateur », a-t-il martelé.  Entre la nécessité de moderniser les usines et celle de garantir un prix rémunérateur aux éleveurs dans un contexte inflationniste, la filière laitière française cherche encore son point d'équilibre pour sortir de ce piège de la croissance.

 

Journée mondiale du lait : Portes ouvertes pour 6 laiteries en juin 

Pour la 12e  édition de la Journée mondiale du lait, Syndilait, l’organisation professionnelle réunissant les principaux fabricants de lait de consommation français organise une opération "portes ouvertes" nationale du 4 au 27 juin 2026, a-t-elle annoncé dans un communiqué. Cette année, six laiteries et trois fermes partenaires (situées notamment dans l'Aisne, le Loiret ou les Deux-Sèvres) accueilleront le public pour valoriser le savoir-faire français, de la collecte au conditionnement. L'enjeu est stratégique pour la filière : renforcer le lien avec des consommateurs qui privilégient massivement l'origine nationale, puisque plus de 95 % du lait consommé en France est issu de la production locale. En 2025, la consommation moyenne s’est établie à 39 litres par habitant. Pour les éleveurs et les transformateurs, ces échanges permettent de réaffirmer leur rôle central dans la souveraineté alimentaire et le dynamisme des territoires ruraux. Au cours de ces journées, le secteur mettra aussi en avant ses engagements durables, tels que la décarbonation et l'intégration de bouchons solidaires. Les professionnels et le public peuvent retrouver les chiffres clés et le programme sur la nouvelle plateforme de référence : syndilait.fr.