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Pastoralisme : le Sénat réclame le déclassement du loup

Moutons. © Photo sous licence CC
Moutons. © Photo sous licence CC

Adopté le 3 juin, le rapport sénatorial sur le pastoralisme appelle à des mesures de choc. Entre prédation lupine et freins structurels, les élus prônent le déclassement du loup et un soutien massif pour sauver un modèle économique qui pèse 8,5 milliards d'euros par an.

Loin de l’image d’Épinal du berger solitaire, le pastoralisme constitue un pilier économique et environnemental majeur de l'agriculture française. Ce modèle extensif concerne 18 % des élevages d'herbivores et 35 000 exploitations, valorisant des ressources fourragères spontanées sur 20 % du territoire national. Outre un potentiel productif annuel de 8,5 milliards d'euros, il génère 10 milliards d’euros de services non marchands, comme le stockage du carbone ou l'entretien de la biodiversité, rappelle le rapport d’information des sénateurs Jean-Marc Boyer (LR, Puy-de-Dôme), Yves Bleunven (UC, Morbihan) et Lucien Stanzion (PS, Vaucluse). Selon eux, cette filière est confrontée à une « menace existentielle ».

Premier constat : la prédation lupine a atteint un seuil critique. En 2025, le nombre d'attaques a bondi de 10 %, entraînant la mort de plus de 12 000 animaux. Au-delà des pertes financières, les rapporteurs soulignent le « cri de détresse » et l'angoisse permanente des éleveurs. Face à l'échec des politiques de protection actuelles, le Sénat demande à l'État d'avoir le « courage » de solliciter, au niveau européen, le retrait pur et simple du loup de la liste des espèces protégées.

Financer la protection

Pour soulager les exploitations, les élus préconisent de piloter les prélèvements de loups non plus seulement sur la base de la population lupine, mais en fonction de la pression de prédation réelle constatée sur le terrain. Le rapport propose également d'autoriser les tirs dérogatoires dès que le seuil de viabilité de l'espèce (500 individus ndlr) est atteint.

Sur le plan opérationnel, les sénateurs soutiennent l'usage de lunettes à visée thermique pour les tirs de défense et l'autorisation de ces tirs dans les réserves naturelles et parcs nationaux où la chasse est déjà pratiquée. Le rapport entend aussi doter financièrement la protection des troupeaux. Ainsi, les sénateurs exigent la suppression du reste à charge de 20 % pour les éleveurs, demandant que le ministère de la Transition écologique assume l'intégralité de ces coûts, puisque la biodiversité entre dans son champ de compétences. Enfin, pour fiabiliser les indemnisations, ils recommandent de supprimer la catégorie « origine indéterminée » lors des constats de dommages, afin que la responsabilité du loup soit présumée en cas de doute.

Survie du modèle

Mais le loup n'est pas le seul défi que le pastoralisme doit affronter. Ce dernier souffre de contraintes territoriales aggravées par le changement climatique. Le morcellement foncier et les conflits d’usage avec le tourisme obligent à moderniser la loi pastorale de 1972 pour renforcer les outils de gestion collective comme les associations foncières pastorales.

L'accès à l'eau est une autre urgence : les rapporteurs soutiennent la création de retenues collinaires multi-usages, sans pompage des nappes, pour garantir l'abreuvement des 27 millions de ruminants concernés. Par ailleurs, ils suggèrent d'assouplir le pâturage des caprins en forêt pour lutter contre le risque d'incendie.

La survie du modèle passe enfin par une meilleure valorisation économique. Le rapport sénatorial insiste sur le maintien, voire le renforcement de l’Indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) lors de la prochaine programmation de la PAC. Il propose également d'intégrer obligatoirement les produits issus du pastoralisme dans les objectifs de la restauration collective (loi Egalim)

Enfin, pour maintenir la valeur sur les territoires, les trois sénateurs appellent à sauvegarder les abattoirs locaux de proximité et les outils de transformation artisanaux, aujourd'hui menacés par la concentration industrielle. Plusieurs recommandations figurent déjà dans le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, dont l'examen en séance publique au Sénat débute le 29 juin 2026. 

 

Ressources :

> Retrouver la synthèse du rapport sénatorial sur le pastoralisme (9 p., sur le site web du Sénat)