Lors d’une conférence de presse le 28 janvier, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a décidé de manifester son mécontentement et d’organiser des actions syndicales partout en France pour dénoncer la chute des prix payés aux producteurs.
« Dans un contexte économique déjà compliqué, le prix du lait payé aux producteurs est en chute libre et les acteurs de la transformation vont mettre à mal la production laitière nationale », a assuré Yohann Barbe, président de la FNPL au cours d’une conférence de presse organisée à l’issue d’un conseil d’administration. Des actions syndicales qui ont commencé le 30 janvier dans la Manche, au siège d’Agrial, vont se poursuivre jusqu’au salon de l’Agriculture et sans doute jusqu’au 1er mars, date à laquelle les négociations commerciales vont prendre fin. « Chaque section laitière est appelée à prendre contact avec les industriels laitiers locaux, mais également à faire des contrôles sur place et sur pièces dans les grandes surfaces, et en restauration hors foyer », a indiqué Stéphane Joandel, secrétaire général de la FNPL.
Car la colère gronde chez les producteurs laitiers qui ces cinq dernières années n’ont connu qu’une année de résultat positive. « Celle de 2025 a été correcte. L’année 2024 a été neutre et les trois autres ont confirmé des revenus négatifs », a commenté Yohann Barbe. En effet, autant le contexte a été assez favorable au cours de l’année 2025 et avait redonné un peu de baume au cœur aux producteurs laitiers, autant les premiers jours de l’année 2026 révèlent « douloureux » selon la FNPL. L’association spécialisée de la FNSEA a constaté que certains opérateurs privés payaient, en janvier les 1.000 litres de lait 50 à 70 euros de moins qu’au mois de décembre. « On passe sous les coûts de production », s’alarment les syndicalistes laitiers.
« Dégager du revenu »
L’inquiétude est d’autant plus grande que la France est le pays « où l’on paie le lait le moins bien en Europe et que les producteurs sont toujours la variable d’ajustement des industriels », a soutenu Stéphane Joandel. Ils ne comprennent pas l’augmentation du différentiel qui existe avec l’Allemagne notamment. Outre-Rhin, le lait est payé en moyenne 50 euros/1.000 litres de plus qu’en France. Il y a encore une dizaine d’années, ce différentiel n’était que d’environ 7/8 euros pour 1000 litres. « Depuis des années, les industriels allemands ont investi pour valoriser les produits laitiers, en particulier sur la poudre de lait et la matière grasse (crème et beurre, ndlr) ». Manifestement pas les industriels français selon la FNPL. Ils dénoncent leur opacité « sur le niveau réel de la matière première agricole », cela-même en pleines négociations commerciales. Les producteurs laitiers souhaitent la transparence, comme le font les coopératives, sur le mix-produit, c’est-à-dire le catalogue des produits qu’une entreprise réalise à partir du lait (poudre, beurre, yaourts, fromages…). Cette transparence existe notamment en Allemagne et permet à l’éleveur d’être rémunéré correctement. « En Allemagne, le coût de production de la poudre de lait est de 80 euros/tonnes. En France il est de 139 euros », s’est irrité le président de la FNPL. Autrement dit, les industriels font payer à l’agriculteur leur incapacité à investir dans la modernisation de leur outil de production.
D’autres dossiers irritent les producteurs laitiers, en particulier « le déréférencement et les baisses de commande pratiquées par plusieurs enseignes. Ce sont des méthodes défavorables qui pénalisent les producteurs et les consommateurs », s’est agacé Yohann Barbe qui n’hésite pas à citer Leclerc et Intermarché. « La MPA doit couvrir les charges d’exploitation, le coût de production mais aussi permettre d’investir dans l’outil de production et dégager du revenu pour attirer de nouvelles générations », a insisté Benoît Gavelle, secrétaire général adjoint de la FNPL. Il y avait un peu plus de 75 000 exploitations laitières en France en 2010. En 2024, il y en avait moins de 44 000, soit une perte d’au moins 41 % en 15 ans.



