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Tiques : un enjeu transversal qui concerne la santé humaine et animale

Prélèvement de tiques par le GDS des Vosges dans une pâture de vaches laitières via la méthode du drapeau © Photo GDS des Vosges
Prélèvement de tiques par le GDS des Vosges dans une pâture de vaches laitières via la méthode du drapeau © Photo GDS des Vosges

Une étude innovante de terrain portée par le Groupement de Défense Sanitaire des Vosges

Pour restituer ces travaux et apporter des réponses concrètes aux éleveurs, le GDS des Vosges organise une grande Journée Technique Santé consacrée aux maladies transmises par les tiques, le mardi 10 février 2026 à Dompaire.

Un environnement vosgien favorable aux tiques

Dans les Vosges, la présence des tiques n’a rien d’anecdotique. Le territoire réunit en effet de nombreux facteurs favorables à leur développement : une couverture forestière importante, une faune sauvage abondante (chevreuils, sangliers, rongeurs), des prairies pâturées une grande partie de l’année et un climat humide. Ces conditions constituent un environnement idéal pour la tique Ixodes ricinus, principale espèce impliquée dans la transmission de maladies en France, mais également pour d’autres espèces présentes sur le territoire, comme les tiques du genre Dermacentor, elles aussi capables de véhiculer des agents pathogènes transmissibles aux humains et aux animaux.

Entre 2017 et 2022, près de 80 000 piqûres de tiques ont ainsi été recensées en France via CiTIQUE, un chiffre en constante augmentation. Dans le Grand Est, environ 35 % des tiques analysées étaient porteuses d’au moins un agent potentiellement pathogène, confirmant un risque sanitaire non négligeable.


Carte des tiques porteuses d'un agent pathogène et saines en pourcentage (France métropolitaine) © Jonas Durand, CiTique, INRAe

Longtemps perçues comme une simple nuisance saisonnière, les tiques sont aujourd’hui reconnues comme un vecteur majeur de maladies, susceptibles d’affecter aussi bien les êtres humains que les animaux d’élevage. Cette réalité concerne directement les territoires ruraux, et en particulier les exploitations agricoles où les interactions avec les milieux naturels/forestiers sont quotidiennes.

Maladies à tiques : un enjeu de santé humaine bien identifié

Concernant la santé humaine, la maladie de Lyme est sans doute la plus connue dans notre département, mais elle est loin d’être la seule. Les tiques peuvent transmettre plusieurs agents pathogènes responsables de symptômes parfois difficiles à identifier : fatigue persistante, douleurs articulaires, troubles neurologiques ou fièvres inexpliquées. Les professionnels agricoles, du fait de leur activité en extérieur, au contact direct de l’environnement et des animaux, figurent parmi les populations les plus exposées aux piqûres de tiques : selon la MSA, près de 30 % des accidents biologiques déclarés en agriculture sont liés aux tiques, ce qui place les agriculteurs parmi les professions les plus concernées par ce risque (MSA, 2021).

Depuis une décennie, la recherche scientifique s’est fortement mobilisée sur ces questions. Les publications consacrées aux maladies à tiques ont connu une forte augmentation, notamment dans le domaine de la santé humaine. Cette dynamique reflète une meilleure reconnaissance du problème, mais aussi la volonté d’améliorer les stratégies de prévention, de diagnostic et de prise en charge médicale.

Santé animale : des impacts encore sous-estimés en élevage

Si les maladies à tiques sont largement documentées en santé humaine, leurs conséquences en élevage restent encore partiellement connues. Pourtant, les animaux d’élevage sont exposés en continu, généralement d’avril à novembre, lors du pâturage. Certaines maladies transmises par les tiques, comme l’anaplasmose, la tularémie ou la piroplasmose, peuvent affecter les bovins, ovins et caprins.

Sur le terrain, les éleveurs rapportent des situations qui restent parfois inexpliquées : avortements en série, baisse de production, troubles discrets mais persistants tel que des montées en température. Les données issues des dispositifs de suivi des avortements montrent d’ailleurs que les maladies à tiques figurent régulièrement parmi les agents impliqués, confirmant qu’elles peuvent avoir un impact direct sur la reproduction et la santé des troupeaux (OSCAR, 2024).

Malgré cela, les publications scientifiques portant spécifiquement sur les effets des maladies à tiques en élevage restent moins nombreuses que celles consacrées à la santé humaine. Ce décalage souligne la nécessité de mieux documenter ces problématiques à l’échelle des exploitations agricoles comme l’indique Amarin MAXANT-PUCCIO, chargé de missions santé animale au GDS des Vosges :

« On parle beaucoup des maladies à tiques en santé humaine, et c’est légitime, mais les impacts en élevage restent encore insuffisamment documentés et certaines observations zootechniques sans réponse. L’objectif de notre étude est justement de produire des données concrètes, issues du terrain, pour mieux comprendre ce qui se passe réellement dans les troupeaux vosgiens.»

Une étude innovante conduite dans les élevages vosgiens

Face à ces constats, le Groupement de Défense Sanitaire des Vosges, au service de la santé des cheptels, a choisi de s’engager dans une démarche de recherche appliquée, en lien direct avec le terrain et les éleveurs et éleveuses du département. En 2025, une étude innovante a été menée dans une trentaine d’élevages représentatifs de la diversité des systèmes présents sur notre territoire. 

Cette étude repose sur une approche globale, croisant plusieurs types de données : enquêtes auprès des éleveurs, indicateurs zootechniques et sanitaires des troupeaux, analyses réalisées sur des sangs bovins et sur des tiques collectées en pâture (voir photo), ainsi que des éléments liés à l’environnement des exploitations. 

L’objectif est de mieux comprendre les interactions entre les tiques, les agents pathogènes et les élevages, afin d’identifier des facteurs de risque, mais aussi des pistes de prévention adaptées à notre territoire. Carine HAAS, ingénieure conseil en santé animale au GDS précise cette volonté :

« Les éleveurs sont souvent confrontés à des situations sanitaires complexes, avec des avortements ou des troubles difficiles à expliquer par une seule cause. Par cette étude, nous cherchons à mieux identifier les facteurs de risque et, surtout, à proposer des leviers de prévention adaptés aux élevages vosgiens. »

Une journée technique pour croiser les regards et partager les connaissances

Pour restituer ces travaux et apporter des réponses concrètes aux éleveurs, le GDS des Vosges organise une grande Journée Technique Santé consacrée aux maladies transmises par les tiques, le mardi 10 février 2026 à Dompaire.

Cette journée réunira des intervenants de tout premier plan, parmi lesquels le Dr. Laure BOURNEZ, épidémiologiste spécialiste des tiques et de la santé animale, le Dr. Elisabeth BAUX, médecin coordinatrice du Centre de Référence Est des Maladies à Tiques, et le Pr. Lionel ZENNER, professeur en parasitologie animale à VetAgro Sup. 

Les résultats de l’étude conduite dans les Vosges seront également présentés par Carine HAAS et Amarin MAXANT-PUCCIO, ingénieurs santé animale du GDS des Vosges.

Pensée dans une approche « One Health » / Une seule santé, cette journée vise à croiser les regards entre santé humaine, santé animale et environnement, afin de mieux comprendre un phénomène qui concerne directement les exploitations agricoles et leurs familles.

 

Informations pratiques

Salle polyvalente de Dompaire – Rue de la Gare – 88270 Dompaire
Mardi 10 février 2026 - De 9h30 à 16h00
La journée et le repas sont gratuits pour les adhérents du GDS des Vosges. L’inscription, par téléphone auprès du GDS des Vosges au 03 29 68 20 20, est obligatoire avant le 4 février 2026.

 

Affiche GDS Vosges : journée technique santé sur les tiques
Affiche GDS Vosges : journée technique santé sur les tiques