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Médecine vétérinaire : les huiles essentielles et plantes en élevage

Michel Bouy, vétérinaire sanitaire, intervenant dans un élevage de chèvres. © Camille COQUET
Michel Bouy, vétérinaire sanitaire, intervenant dans un élevage de chèvres. © Camille COQUET

Michel Bouy, vétérinaire sanitaire installé dans la Drôme depuis vingt ans, réalise des formations sur l’utilisation des huiles essentielles et des plantes en élevage. 

Il est intervenu plusieurs fois dans le cadre de formations le département des Vosges. Il évoque les bienfaits et les limites de l’utilisation des plantes sur les animaux. Bérengère Laurent, éleveuse à Haillainville, a assisté à l’une de ses formations et partage son expérience. 

Privilégier la prévention

Michel Bouy est vétérinaire depuis plus de quarante ans. Il a intégré un groupe conventionné et travaille avec l’Association vétérinaire des éleveurs de la Raye (AVER). Cette association, qui rassemble une centaine d'éleveurs, a vu le jour afin de pallier le manque de vétérinaires ruraux. Elle fait partie de la Fédération des éleveurs et des vétérinaires en convention (FEVEC). 

La majorité du temps, il favorise les pratiques préventives, afin de rendre les éleveurs plus autonomes. Intéressé depuis toujours par la phytothérapie, il reçoit des demandes pour réaliser des formations dans la Drôme car, c’est l’un des territoires les plus riches en plantes médicinales. Il ensuite été contacté par la Chambre d’agriculture afin d’en réaliser à plus grande échelle, y compris dans les Vosges. Son public est principalement composé d’éleveurs caprins, ovins et bovins, dont les exploitations sont souvent conduites en agriculture biologique.

Cette formation consiste à savoir quelle plante correspond à quelle problématique de santé et comment l’utiliser. Elle aborde également l’aspect réglementaire de l’utilisation des plantes en élevage. Il réalise également un rappel sur l’alimentation, les transitions alimentaires ou les carences minérales qui favorisent souvent les troubles de l’immunité et de la reproduction. Les conditions de logement des animaux sont abordées aussi car «si nous voulons moins de maladies, il faut avoir les meilleures conditions possibles» explique-t-il. 

«La phytothérapie représente un traitement de première intention», précise Michel Bouy. Elle peut être utilisée lorsque l’animal commence à montrer des signes de faiblesse qui peuvent présager l’apparition d’une maladie. Il existe plusieurs modes d’applications. Les animaux peuvent ingérer des plantes séchées ou des tisanes. Les huiles essentielles peuvent également être administrées au cas par cas. D’autres huiles peuvent être appliquées sur l’animal ou diffusées dans le bâtiment, c’est le cas du thym par exemple. Même si l’administration est parfois plus simple avec cette technique, il est plus difficile d’en connaître la quantité ingérée.  

Le vétérinaire a ensuite pris des exemples concrets : «Dès les premières interrogations des éleveurs sur l’apparition d’une mammite, des préparations à base de plantes peuvent permettre d’éviter son développement et obliger à un traitement antibiotique», explique-t-il. Au niveau de la coccidiose, l’utilisation d’un mélange de plante séchée avant apparition de la maladie permet de l’éviter. 

Associées à l’homéopathie, elles peuvent aussi être utilisées de manière ciblée. Par exemple le remède Caulophyllum peut favoriser une dilatation du col de l’utérus, l’huile essentielle de girofle introduite dans un excipient lubrifiant sont utilisées lors des mises bas difficiles pour faciliter la dilatation du col. Il existe d’autres remèdes pour favoriser la délivrance. Enfin, les plantes peuvent être utilisées sous forme de cures, «par exemple chez les vaches laitières, lors d’une forte production de lait, il peut y avoir une surcharge au niveau du foie. L’utilisation de plantes tels que l’artichaud, le romarin, le chardon-marie ou encore le pissenlit, sur une dizaine de jours, permettrait d’éviter le recours à des hépatoprotecteur conventionnels» déclare-t-il. Puis il ajoute : «plus l’administration est précoce, plus c’est efficace».

Les avantages de ces usages sont les suivants : la réduction de l’utilisation des produits de synthèses tel que les antibiotiques et donc la réduction des phénomènes de résistances. Mais également, le gain d’autonomie de l’éleveur ainsi qu’une attention plus accrue de la prévention. 

Cependant, cette forme de médecine connaît des limites. En effet, certaines plantes et huiles n’atteignent pas l’effet escompté, c’est le cas pour le parasitisme interne. Malgré les recherches, aucun traitement naturel n’est encore assez efficace pour répondre aux attentes des éleveurs. 

L’usage de la phytothérapie en élevage demande plus de temps et implique parfois des applications matin et soir pendant plusieurs jours. Cela est compliqué dans les élevages notamment en allaitant, où la contention des animaux est difficile. «Ça ne remplace pas la médecine classique, ça permet de s’axer sur la prévention pour limiter les pathologies», conclut le vétérinaire.  

Retour d’expérience

Fabrice et Bérengère Laurent possèdent une exploitation composée de vaches allaitantes de race Blonde d’Aquitaine, et des brebis laitières composé d’une majorité de race Manech à tête noir, Basco-Béarnaise et un peu de Lacaune. L’exploitation n’est pas certifiée en agriculture biologique mais repose sur un système extensif et dispose de 30 ha. Enfin, ils réalisent de la vente directe et participent à des marchés.

C’est une «très bonne formation», déclare Bérengère Laurent. Elle s’est passée à la Chambre d’agriculture les 12 et 13 mars 2024 et rassemblait une dizaine de personnes avec des motivations différentes. La formation était principalement axée autour des mises bas. «Nous avons toujours utilisé cette forme de médecine mais nous achetions nos produits. J’ai voulu assister à cette formation pour en apprendre davantage et être autonome» explique-t-elle. 

«Nous utilisons le plus souvent les produits naturels lors de la période des agnelages» ajoute-elle. Les éleveurs utilisent par exemple du spray désinfectant pour les plaies, les cordons ombilicaux, ou encore les oreilles lors du bouclage. Mais aussi un gel lubrifiant lors des interventions à la mise bas, ou encore, un sirop fortifiant. «Nous n’avons jamais essayé sur les vaches allaitantes car le chargement est faible et nous n’avons pas eu de problèmes particuliers» explique Fabrice Laurent. 

Du côté des avantages, Bérengère Laurent souligne : «ce sont des traitements plus préventifs que curatifs et nous avons une issue de secours, si les plantes ne fonctionnent pas, on peut se tourner vers les antibiotiques. De plus, c’est parfois plus rentable qu’une visite vétérinaire. Enfin, cela contribue à renforcer la confiance des consommateurs, en particulier en vente directe, où les attentes en matière de bien-être animal sont de plus en plus importantes.».  

Pour les limites, ils déclarent ne pas avoir assez de recul sur la question mais être parfois bloqués au niveau des connaissances, notamment pour les dosages. Ils évoquent également, la réorganisation et le temps. Enfin, pour les parasites, ils n’utilisent pas d’huiles essentielles mais réalisent des coprocultures afin de traiter ce qui est nécessaire. 

«Le point fort de la formation, c’est que le vétérinaire explique à quoi sert chaque élément et qu’il s’adapte à chaque cas. Tout est naturel, on sait de quoi est composé le produit. J’aimerais avoir une nouvelle formation afin d’approfondir le sujet», conclut Bérengère Laurent.  

Bérengère Laurent, éleveuse à la Ferme du Guéoir, entourée de ses brebis laitières. © Camille COQUET
Les différentes préparations à base de plantes et d’huiles essentielles. © Camille COQUET