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Médecine vétérinaire : «un métier à part entière»

En tant que vétérinaire mixte, le jeune praticien réalise également de la médecine canine ©Kévin Contart
En tant que vétérinaire mixte, le jeune praticien réalise également de la médecine canine ©Kévin Contart

Originaire du Pas-de-Calais, Kévin Contart a rejoint, depuis septembre 2025, les cabinets vétérinaires de Martigny-les-bains et de Bulgnéville en tant que praticien mixte rural et canine.

En juin 2023, il concrétise son rêve en décrochant son diplôme de docteur en médecine vétérinaire. Aujourd’hui, il nous raconte son parcours, son métier et les réalités du terrain. 

Un parcours tout tracé

Entouré d’animaux depuis son plus jeune âge, Kévin Contart se tourne rapidement vers la profession de vétérinaire, et particulièrement vers la pratique de la rurale : «Je ne suis pas issu du milieu mais, à la maison, j’avais des chiens, des canards, des poules, des lapins,… J’allais en vacances chez des amis de mes parents qui avaient un élevage de vaches allaitantes et de vaches laitières en Mayenne. J’allais traire les vaches à cinq ans, c’est ce qui m’a donné envie de faire ce métier».

Après l’obtention de son bac, il se dirige vers une classe préparatoire en Biologie, chimie, physique et sciences de la terre (BCPST) de deux ans où il obtient le concours du premier coup. Par la suite, il intègre VetAgro Sup, l’école vétérinaire de Lyon, où il étudie de 2018 à 2023.

Au cours de ses études, il réalise de nombreux stages parmi la diversité proposée : canine pure, rurale pure, clientèle mixte, diversité des métiers vétérinaires tels que les groupements de défense sanitaires, les inséminateurs, les vétérinaires de laboratoires… ou encore en santé publique, par exemple, dans les abattoirs ou à la direction départementale de la protection des populations. Les étudiants réalisent également des stages avec un thème libre, «je m’orientais plutôt vers des stages à majorité rurale. Cela nous a permis de voir une diversité de métiers et de productions», précise Kevin Contart. En parallèle, de ces stages, il réalise des remplacements dans une clinique du Pas-de-Calais. 

Il ne rencontre pas de difficultés particulières au cours de son parcours, mais il explique : «Il y a plus d’interrogations que de difficultés, il faut faire ses choix de spécialisations. On se pose des questions sur la région et la clinique qu’on va choisir». Il qualifie tout de même la classe préparatoire et le concours comme étant des périodes difficiles, «ça m’arrive encore de rêver de ne pas avoir le concours», explique le jeune vétérinaire. 

Une fois diplômé, il se rend dans le Cantal et pratique pendant plusieurs mois avant de rejoindre la Côte d’Or, en octobre 2023. Il pratique pendant deux ans, à Saulieu, en tant que vétérinaire rural spécialisé dans le Charolais. Il s’aperçoit que l’activité en élevage allaitant est saisonnière, avec une forte charge de travail de la mi-novembre à la mi-mai, suivie de périodes beaucoup plus calmes. Il rejoint ensuite les Vosges en septembre 2025.

Un métier diversifié

Attiré par la diversité d’espèces présente dans les Vosges, il intègre le site de Martigny-les-bains et de Bulgnéville. Son activité se destine à 40% de vaches allaitantes et de 60% de vaches laitières. «L’avantage de l’élevage laitier, c’est qu’il y a du boulot toute l’année», explique-t-il.

Sa clientèle est partagée entre éleveurs et propriétaires car il pratique également de la médecine canine, «Faire un peu de rurale, un peu de canine et de la chirurgie, ça permet de diversifier un peu le métier et c’est réparti sur l’année», déclare-t-il. Contrairement à d’autres cabinets, il n’y a pas de planning prédéfini. Kévin Contart explique : «Tout est mélangé, ce matin j’ai consulté un chien et après je suis allé voir une vache. J’aime bien ce principe car les journées ne sont jamais identiques».

Les soins sont, eux aussi, diversifiés. En hiver il y a beaucoup de prophylaxies. Ensuite, il y a les soins obstétriques avec les vêlages, les césariennes et les retournements de matrice. Puis, il y a toutes les pathologies des vaches qui baissent en lait, les mammites, les diarrhées de veaux, les pneumonies ou encore les veaux à perfuser. Il y a également le suivi des élevages : «Nous réalisons des suivis de reproduction mensuels. Il y a également les suivis de la qualité du lait et la parasitologie où nous sommes amenés à voir régulièrement les éleveurs afin de les conseiller et d’améliorer leurs performances. Une fois par an, nous réalisons le bilan sanitaire d’élevage où nous discutons avec l’éleveur des principaux problèmes rencontrés dans l'année et nous cherchons des solutions ensemble».

Au niveau de l’équilibre vie professionnel et personnel, il indique : «Nous sommes nombreux et nous réussissons à nous organiser. Nous faisons chacun une garde par semaine et un week-end toutes les six semaines environ, c’est confortable. Par contre, lorsque l’on est de garde, on est tous seuls sur les deux sites». Puis, pour les déplacements, il ajoute : «Le fait d’être sur deux sites nous permet d’avoir les élevages à vingt minutes de route autour de chaque site. Nous ne roulons pas une heure pour aller voir une vache».  

Concernant la réalité du métier, il explique qu’il ne faut pas négliger la part de relations humaines avec les clients et leurs attentes. Il est aussi souvent confronté à des impayés, aussi bien en rural qu’en canine. «En école, la dimension sociale et relationnelle, la gestion des ressources humaines, la gestion d’une entreprise et le marketing ne sont pas abordés, pourtant c’est important.» «Quand on est jeune on idéalise souvent le métier, mais il y a des difficultés», déclare-t-il. En effet, les vétérinaires sont souvent confrontés à des échecs, à des erreurs de diagnostics, au stress et à la fatigue. Parfois, les vétérinaires n’arrivent pas à poser un diagnostic précis et sont responsables de la mort de l’animal. «Quand j’ai démarré, j’avais confiance en moi. Puis on fait deux-trois bêtises de jeune et la confiance en prend un coup. Ce n’est pas toujours facile à accepter. On s’attache aux animaux, aux éleveurs, aux propriétaires, donc on a un métier où ce n’est pas facile de décrocher». 

De plus, ils doivent parfois gérer des comportements agressifs de la part des clients, «Quand on voit le nombre de confrères qui sont en dépression et le nombre de suicides, le métier n’est psychologiquement pas facile. Avec les échecs, la pression, le véto bashing que ce soit sur les réseaux, les commentaires Google, les agressions verbales ou physiques. Je me suis déjà fait agresser plusieurs fois au téléphone pendant des gardes. Ici pour l’instant ça va, mais on a quand même une ASV qui a reçu des menaces de mort ». 

Pour ce qui est de ses projets, le jeune professionnel explique : «aujourd’hui, je suis salarié car ça apporte un côté confortable, mais, à moyen terme, j’aimerais m’installer. Même si ce n’est pas à l’ordre du jour, il faudra que je me renseigne sur ces points», souligne le jeune praticien. Il conclut : «La rurale est un métier à part entière, il faut avoir envie de se lancer, car ce n’est pas toujours facile. Il faut avoir une carapace, savoir accepter l’échec et passer outre les reproches et les commentaires désagréables. Le choix de la région est également important, je l’ai choisi en fonction de mes attentes, du type de clientèle, de la localisation, du feeling avec l’équipe et de ce qui était proposé».

 

Un rassemblement essentiel

En parallèle de son travail, Kévin Contart a rejoint le Groupement technique vétérinaire du Grand Est (GTV), association de loi 1901, dont les missions sont diverses : 

  • Rassembler les vétérinaires exerçant auprès des animaux d’élevage sur la base du volontariat.
  • Former les vétérinaires et, par leurs intermédiaires, les éleveurs.
  • Diffuser des informations techniques aux vétérinaires de la Région.
  • Accueillir et intégrer les jeunes praticiens quelle que soit leur activité.
  • Valoriser la pratique vétérinaire en Grand Est grâce à des outils innovants.
  • Apporter un appui technique et des conseils aux filières d’élevage.

Plus particulièrement, il a intégré la section jeune du Grand Est. Créée en 2024, son but est de rassembler et créer du lien avec les jeunes vétérinaires de la région. Depuis peu, une communauté WhatsApp a été créée avec différents groupes d’échange : «L’échappé belle» pour faire des rencontres, «La ligne des neurones» pour échanger sur des cas cliniques, «Le bureau des RH» pour les questions à propos des contrats par exemple, et «L’espace ressources» pour ceux qui auraient besoin d’aide. 

Des week-ends de rencontres ainsi que des journées techniques regroupant plusieurs conférences permettent de concilier formations et échanges. Ils participent également à des évènements agricoles lorsqu’ils sont sollicités, c’est le cas des Terres de Jim où plusieurs ateliers seront proposés aux éleveurs. Enfin, les jeunes praticiens réalisent des entretiens avec des étudiants vétérinaires afin d’échanger sur le métier et répondre à leurs questions.

 

Kévin Contart réalise une intervention en élevage bovin © Kévin Contart
Kévin Contart réalise une intervention en élevage bovin © Kévin Contart