L’exploitation laitière biologique des frères Laurent ne manque jamais de projets : ferme pédagogique, transformation et vente de fromages… Pourtant le quotidien des exploitants et de leurs familles a été totalement bouleversé quand, au mois d’août, l’équipe de production d’Amazon Prime video est venue camper son matériel dans la cour de la ferme pour y filmer l’émission : Les Fumiers, bienvenue à la ferme.
Le principe de l’émission est simple : il s’agit de la rencontre entre deux univers qui paraissent complètement opposés au premier abord. Huit créateurs de contenus, habitués au cadre des grandes villes et à un quotidien rythmé par les réseaux sociaux, sont immergés dans le quotidien d’exploitants agricoles dont ils deviennent les stagiaires pendant une semaine. Au total, ils découvrent ainsi quatre exploitations sur le territoire français. Sur chacune d’entre elles, ils devront remplir des missions afin de collecter des fonds qui seront reversés à leur association.
Faire (re)connaître le métier
Si les caméras d’Amazon Prime se sont tournées vers la ferme du Pichet, c’est que la production a souhaité mettre en avant la profession particulière d’agriculteur. «Nous avons choisi le monde de l’agriculture comme cadre pour cette émission car c’est un métier-passion que nous souhaitions mettre en avant. Les agriculteurs travaillent énormément et c’est grâce à eux que nous sommes tous nourris» explique Andréa Palis, directrice adjointe des programmes en charge de la télévision du réel chez ITV Studios. «Nous voulions voir nos créateurs de contenus dans ce milieu car, ils peuvent avoir la réputation d’être un peu superficiels et de gagner de l’argent sans fournir trop d’efforts. Nous voulions organiser cette rencontre entre deux mondes pour que chacun apporte des choses à l’autre» précise-t-elle.
Agriculteurs comme créateurs de contenus font face à de nombreux préjugés dans l’exercice de leurs métiers. La production de l’émission a donc décidé de les faire se rencontrer. Dépaysement garanti «Tout s’est bien passé. La première journée a été très compliquée pour eux, mais après, ils s’y sont fait. Ils ont fait preuve de bonne volonté et ont appris à connaître le métier. Ils nous ont même étonnés.» explique Mathieu Laurent. «C’est une expérience unique. Avec Bruno nous nous sommes mis dans la peau de présentateurs. Nous avions entre deux et quinze caméras braquées sur nous toute la journée. Nous avons découvert le fonctionnement d’une équipe de production, la réalisation, les régisseurs… C’était très intéressant.»
Pour donner corps à cette rencontre, la production a dû caster des candidats et des exploitations qui allaient les accueillir. «Nous avons sélectionné des créateurs de contenus qui avaient l’envie de rencontrer ce milieu» partage la directrice adjointe. Du côté des fermes «Quand nous les avons rencontrés, Mathieu et Bruno ont été une évidence» appuie-t-elle avec enthousiasme. En effet, pour sélectionner les quatre exploitations qui accueilleraient leur émission, les équipes de production ont mené l’enquête avant de contacter et de procéder au casting des fermiers pendant cinq mois. Si Bruno et Mathieu ont été sélectionnés, c’est «parce qu’ils avaient la passion, l’énergie et le répondant qui allaient bien pour l’émission. Pour nous c’était vraiment un jackpot au casting !» ajoute Andréa Palis.
Une expérience « incroyable »
Chaque jour, les créateurs de contenus effectuent des missions : nourrissage, traite, transformation et vente… «Les huit candidats ont participé à nos activités quotidiennes comme le feraient des stagiaires» explique Mathieu Laurent. Les « stagiaires » sont ensuite rémunérés en fonction de leur implication. L’ensemble des sommes collectées au fil des missions est ensuite reversé à leur association. À la fin de chaque semaine, les trois derniers candidats du classement sont en danger. Un d’entre eux est sauvé par les autres candidats, un autre par les agriculteurs et le dernier est éliminé.
Si le tournage s’est déroulé sur une semaine, les liens entre exploitation et production se sont tissés sur quatre mois d’échange car les missions ont été élaborées en partenariat avec les exploitants. Une fois passé le temps de la préparation, la semaine de tournage était un moment intense pour tout le monde. Entre le rythme effréné de l’exploitation laitière et celui du tournage, puis du montage, l’aventure était dense aussi pour les exploitants de la ferme du Pichet. «C’était une production de quatre-vingt personne quand même ! Nous avons été beaucoup sollicités par l’équipe de production qui nous consultait pour savoir où placer le matériel, si les idées étaient faisables, etc.» Une expérience riche qui est venue bouleverser le rythme de l’exploitation : «Nous avons suspendu les activités de la ferme pédagogique pendant 15 jours pour pouvoir les accueillir. Nous commencions nos journées plus tôt et nous finissions plus tard pour pouvoir assurer le travail de la ferme et les tournages. Pour cela nous avons aussi pu compter sur nos salariés qui forment une très bonne équipe». Malgré le challenge que cela représente, les exploitants sont très satisfaits de leur expérience : «Les lieux nous ont été rendus dans un état irréprochable. Tout le monde était très sympathique et à l’écoute. C’était une expérience incroyable.»
La ferme du Pichet était la première exploitation à accueillir l’émission. Une fois l’appréhension dépassée, l’expérience s’est soldée par une réussite pour l’ensemble des participants. «C’était incroyable» résume Andréa Palis. Elle ajoute «nous avons rencontré des personnes touchantes et drôles, qui travaillent à longueur de journée et toujours avec le sourire». Car les agriculteurs vosgiens ne se sont pas contentés de faire découvrir leur métier, ils ont aussi partagé les traditions locales et des moments de convivialité avec l’ensemble des équipes. «Nous les avons accueillis dans nos familles, nous faisions la fête ensemble le soir» rapporte l’exploitant. À la fin du séjour, les larmes ont coulé, du côté des créateurs, des agriculteurs, et même de l’équipe de production. «C’était une rencontre humaine incroyable. C’était vraiment génial. Nous avons même des membres de l’équipe qui ont réservé une place au gîte pour y retourner en famille» conclut la directrice adjointe.
Prochaine étape pour les créateurs/agriculteurs en herbe : des élevages piscicole et porcin, leur dernière destination étant encore gardée secrète pour le moment.



