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« Donner une ambition pour l’agriculture française »

Les Chambres d’agriculture France ont présenté le 14 janvier à Paris leurs vœux à la presse. L’occasion pour les élus des Chambres consulaires de revenir sur les annonces gouvernementales et le projet de réforme de la PAC. 

« On ne peut pas se résoudre à ce que l’agriculture dévisse », a d’emblée affirmé Sébastien Windsor, président des Chambres d’agriculture France (CdAF) qui entend faire jouer aux Chambres consulaires tout leur rôle. Évoquant « la situation dramatique » que traversent les agriculteurs depuis plusieurs années, il s’est inquiété de l’effondrement de l’économie agricole et agroalimentaire française. « Après avoir baissé de 39 % en 2024, les revenus des agriculteurs vont en moyenne chuter de 20 % supplémentaires en 2025 (…). La balance agroalimentaire française qui était le deuxième poste excédentaire derrière l’aéronautique en 2020, devrait être déficitaire en 2025 », a-t-il observé.

C’est pourquoi il juge nécessaire de donner une « ambition agricole pour l’agriculture française. C’est ce que demandent les agriculteurs qui ont manifesté », a-t-il soutenu. Cette ambition passe naturellement par la loi d’urgence annoncée par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Pour lui, le texte qui sera examiné au printemps « doit libérer les énergies et les entraves », à commencer par l’accès aux moyens de production que sont notamment l’eau et les produits de protection des cultures. « L’eau est un levier primordial. Le triplement du fonds hydraulique qui passe de 20 à 60 millions d’euros peut lever les blocages », a ajouté Arnaud Delestre, premier vice-président de CdAF. D’une manière globale, les responsables des Chambres consulaires souhaitent la simplification des normes actuelles et un renforcement des possibilités des recours contre des projets d’ateliers et de retenues d’eau (par exemple). « Il faut écrire une feuille de route par territoire pour développer des projets » et ainsi maintenir le revenu des agriculteurs et reconquérir la souveraineté alimentaire, a insisté Sébastien Windsor. 

Renationalisation

Conformément aux annonces du Premier ministre, les Chambres vont plancher avec les préfets sur la possibilités de dérogation sur les règles nitrates. « Ces règles sont à simplifier car même nos techniciens ne savent plus expliquer les règles d’épandage. Devant la complexité des normes, les administrations elles-mêmes ne savent plus quelles interprétations donner aux textes. Dans ces conditions, comment voulez-vous que l’agriculteur applique les bonnes règles ? », s’est agacé Sébastien Windsor qui plaide pour passer par le plan européen (Directive nitrates) et mieux coller à la réalité du terrain.

Cette ambition agricole passera aussi par Bruxelles. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de réforme de la PAC présenté par la Commission est loin de satisfaire les responsables des Chambres. Guillaume Lefort, vice-président de CdAF en charge des dossiers européens, s’est élevé contre les velléités de renationalisation de la PAC et contre la baisse du budget qui devrait se traduire en France par un recul de 13,3 % de l’enveloppe globale, « contrairement aux +2 % annoncés par la Commission », a-t-il souligné. « Le compte n’y est pas », a renchéri le président de CdAF qui tacle la PAC qui n’a pas « accompagné les projets de développement économique ». A ce titre, les élus de CdAF souhaiteraient revitaliser les zones intermédiaires en enrayant la décapitalisation, et en relocalisant l’engraissement pour éviter que la valeur ajoutée ne parte dans les pays frontaliers (comme l’Italie). « Encore faut-il que la Commission européenne permette une certaine agilité dans la réintroduction de l’herbe dans ces zones et qu’elle ne la sanctuarise pas », a glissé Guillaume Lefort. En tout état de cause, les responsables des Chambres sont conscients que l’avenir de l’agriculture passera par la stabilité politique.