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Lait : les éleveurs mettent la pression sur les négociations

Camions bloqués, bennes versées, produits stickés, les agriculteurs vosgiens ont protesté contre la baisse du prix du lait. © Photo FDSEA 88
Camions bloqués, bennes versées, produits stickés, les agriculteurs vosgiens ont protesté contre la baisse du prix du lait. © Photo FDSEA 88

Le jeudi 5 février, les agriculteurs de la FDSEA et de Jeunes Agriculteurs des Vosges ont laissé éclater leur colère. À Corcieux, à Neufchâteau et à Le Tholy, ils se sont rendus devant les laiteries de Lactalis, Triballat et Savencia pour dénoncer la baisse des prix du lait.

De 10h à 16h, ces trois laiteries vosgiennes ont vu débarquer une horde de tracteurs dont sont descendus 200 agriculteurs en colère. Si 2025 avait permis aux producteurs de se projeter grâce à des prix rémunérateurs, certains industriels privés viennent contrarier l’avenir de l’élevage laitier. Avec une baisse moyenne de 50 €/ 1.000 L, le prix du lait ne tient pas compte des coûts de production et ne permet pas aux éleveurs de vivre dignement de leur métier.

Une mobilisation nationale

C’est dans le cadre d’un appel à mobilisation national, lancé par la FNPL, que les agriculteurs du département ont manifesté la semaine dernière. Et pour cause : «le prix du lait menace de repasser sous les coûts de production, une situation que les producteurs pensaient révolue» déplore la FNPL dans son communiqué. Selon le syndicat laitier cette baisse du prix du lait dénote de nombreux problèmes : 

«Opacité de certains industriels sur le niveau réel de la Matière première agricole (MPA) pris en compte dans les négociations avec la grande distribution. Mix produit invérifiable dans les discussions avec les Organisations de producteurs (OP), menant nombre de négociations à l’échec. Pratiques de déréférencement des produits laitiers français dans plusieurs enseignes, qui pénalisent producteurs, consommateurs et transformateurs. Sourcing à l’étranger dans la restauration hors domicile, alors que la France produit davantage».

Colère noire

Chez les éleveurs, l’incompréhension ressentie face aux baisses de prix de début d’année laisse désormais place à la colère. Pour manifester leur désaccord, beaucoup se sont rendus devant les portes des laiteries. Devant les locaux de Lactalis et Savencia à Corcieux et à Le Tholy, des vaches sortaient des bétaillères. Bennes de fumier, paille, palettes, les agriculteurs ont donné corps à leur mécontentement. Les éleveurs l’ont rappelé : ils refusent de se voir traités comme les vaches à lait de la filière agroalimentaire.

Déjà éprouvés par les crises, agricole et sanitaire, les éleveurs laitiers des Vosges dénoncent les pratiques des industriels et distributeurs qui font d’eux, «la variable d’ajustement des négociations commerciales». Car la répartition de la valeur entre producteurs, transformateurs et revendeurs interroge de plus en plus. «Quelle est la compétitivité des industriels français ?» C’est la question que posait Philippe Clément, président de la FDSEA des Vosges lorsqu’il constate que : «des produits laitiers venus d’autres pays européens viennent concurrencer les produits laitiers français, en France, et sont vendus à des prix plus attractifs tout en rémunérant mieux leurs producteurs». Manque de transparence ? de compétitivité ? La seule chose que les producteurs de lait peuvent constater demeure le manque à gagner sur leurs factures de lait.

Prix hors-la-loi

Les laiteries ayant été averties, c’est aussi à la responsabilité des consommateurs que les éleveurs vosgiens ont fait appel. Ces derniers se sont rendus en magasins pour des opérations de stickage et de relevé de prix. Les produits issus d’entreprises qui ne respectent pas la loi EGAlim ont été identifiés par des étiquettes sur lesquelles on pouvait lire : «Rians sur l’étiquette, rien pour les éleveurs», «ce produit ne rémunère pas le producteur», «bon fromage, mauvais revenu : cherchez l’erreur», «prix du lait : ce n’est plus un caprice, c’est une urgence !» Les manifestants ont aussi pu constater des prix du lait affichés à 0,79 € le litre. Ce niveau de prix ne permettant pas de rémunérer les producteurs, ces derniers ont sorti les produits concernés des rayons.

Alors que les négociations commerciales sont en cours, la marche à suivre est claire pour les éleveurs laitiers. La pression sera maintenue jusqu’à ce qu’industriels et GMS respectent la loi EGAlim.

Devant le site de Triballat, à Neufchâteau, pancartes et tracteurs dénonçaient la baisse du prix du lait. © Photo FDSEA 88
A Corcieux, les agriculteurs de la Fdsea 88 et des Ja 88 protestaient contre la baisse du prix du lait imposée par Lactalis. © Photo FDSEA 88