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Plaidoyer pour une PAC plus économique

© Photo sous licence CC
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En juillet dernier la Commission européenne a annoncé ses propositions concernant le budget de la future PAC qui doit courir de 2028 à 2034. Un budget insuffisant pour de nombreuses organisations dont la FNSEA selon laquelle «l’esprit de la PAC d’origine est menacé ».

Le feu couvait depuis octobre 2024, lorsqu’ont débuté les premiers travaux sur la prochaine PAC 2028/2034. C’est le Copa-Gogeca, la voix des organisations syndicales et des coopératives européennes qui a sonné l’alarme en signalant « quelque chose de négatif proposé par la Commission européenne. » En l’occurrence une coupe de 20 % du budget de la PAC qui ne représenterait plus que 15 % du budget de l’Union. La Commission veut donner un maximum de flexibilité aux États membres au risque de créer 27 politiques agricoles différentes alors que la PAC a toujours été le pilier du marché unique. Le manque de transparence de la Commission et ces incertitudes ont conduit à une manifestation de plus de 10 000 agriculteurs à Bruxelles en décembre dernier avec comme message : «Nous voulons une PAC véritablement commune, forte et bien financée ». Or la proposition de la Commission ne sécurise pas le financement de la PAC. Son budget est intégré dans un fonds unique où « tout est mélangé et où l’agriculture n‘est plus pilote », dénonce Franck Sander, vice-président de la FNSEA et du Copa. 

« La Commission ne prend pas conscience de ce qui se passe alors que la Chine et les Etats-Unis réarment leurs politiques agricoles » poursuit-il. « Les autres continents ont compris que l’agriculture est une arme alimentaire ». 

Grâce à la mobilisation le budget est remonté à 390 milliards d’euros mais pour la France c’est toujours une baisse de 13 % par rapport aux précédents budgets. 

Privilégier l’acte de produire 

Yannick Fialip, producteur laitier en Haute-Loire et président de la commission économique de la FNSEA insiste sur le rôle économique que doit insuffler cette politique agricole européenne au moment où de nombreuses filières connaissent des baisses de production. « La PAC doit soutenir les producteurs agricoles actifs et non une agriculture de patrimoine » déclare-t-il avant d’ajouter : « Il faut de la production derrière les aides, et non de la décroissance comme ce fut le cas avec le Green Deal, même si l’on entend moins cette petite musique ». Au sein du syndicat agricole, on regrette les Organisations communes de marché (OCM) dont l’objet était d’accompagner l’agriculture et qui faisaient partie intégrante de la PAC.

Elli Tsiforou, la secrétaire générale du Copa-Cogeca rappelle de son côté que « la garantie des revenus agricoles et l’approvisionnement des marchés sont à l’origine et au cœur de la PAC, et si les considérations sociales et environnementales sont à prendre en compte, elles ne doivent pas écraser les autres. Aujourd’hui 43 % des soutiens sont consacrés à des objectifs climatiques et environnementaux ». « Or la PAC doit être une aide au revenu, un filet de sécurité pour l’agriculteur, qui lui permet de parier sur l’avenir », complète Yannick Fialip.

Des aides qui fixent également des orientations, qui peuvent inciter des jeunes à embrasser l’élevage alors qu’un discours ambiant les en détourne au prétexte qu’il y aurait trop de gros bovins en France. Pour Elli Tsiforou « la PAC doit soutenir les agriculteurs pour contribuer à la sécurité alimentaire, stimuler la compétitivité dans les territoires, qui est à la base de la chaîne alimentaire, et renforcer notre autonomie stratégique ». Le mot de la fin revient à Franck Sander : « Il est temps que l’Europe redevienne souveraine et devienne à nouveau une grande puissance agricole ».