La colère des éleveurs se fait sentir au cours des négociations commerciales. Ce lundi 16 février, des représentants des JA et de la FDSEA 88 ont manifesté sur le canton de Charmes contre la baisse du prix du lait. Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité des actions menées à Corcieux, Neufchâteau et à Le Tholy, le 5 février dernier.
Dès l’aube, les magasins Leclerc, Aldi, Lidl et Match de Charmes se sont vu décorés de banderoles et de bennes de fumier par les agriculteurs vosgiens. La matinée s’est poursuivie avec le blocage d’un laitier à Florémont. Après une pause déjeuner, la vingtaine de manifestants s’est à nouveau rendue au supermarché Leclerc afin d’étiqueter et de retirer certains produits des rayons. Suite à cette action, un représentant des Grandes et moyennes surfaces (GMS) est venu échanger avec les agriculteurs.
«La qualité n’est pas payée»
«Quand nous perdons 20% du prix de vente, c’est parfois 100% de notre revenu, nous ne pouvons pas l’accepter», commence Philippe Clément, président de la FDSEA 88. Pour exprimer leur désaccord, les agriculteurs ont étiqueté les produits laitiers provenant des laiteries qui ont annoncé une baisse de 50€/1.000L. Cette dernière impacte fortement le revenu des éleveurs : «Le prix payé aux producteurs diminue alors que le prix de vente augmente en grande surface», explique Arthur Gaudel, président des JA 88 du canton de Charmes. Sur les étiquettes, on pouvait lire : «Caprice des Dieux, sacrifices des éleveurs.», «Sans éleveurs, pas de lait : payez-les !», «Prix cassés = paysans cassés », Ou encore «Caprice à deux…sauf avec le paysan».
Les agriculteurs ont également retiré les produits d’entrée de gamme fabriqués avec du lait européen. Ceux-ci concurrencent les produits fabriqués avec du lait français alors que les producteurs sont moins bien payés que dans les autres pays européens. «Lorsque l’Allemagne était capable de payer 50€ plus cher, la France n’a rien fait. Mais lorsque les pays voisins baissent les prix, il faut que la France suive la tendance pour rester compétitive. Si on ne suit pas la hausse, comment expliquer qu’on suive la baisse ?» interpelle Philippe Clément. «Si le prix du lait diminue pour cause de surproduction, pourquoi continuons-nous d’en importer ? De plus nous respectons des critères de qualité par rapport aux autres pays européens. Nous avons le sentiment que la qualité n’est pas payée», souligne Arthur Gaudel.
Suite aux stickages, un représentant des GMS a fait le tour des rayons avec les agriculteurs puis ils se sont réunis dans une salle afin de discuter des problématiques actuelles sur les prix. Le maire de Charmes, ayant constaté les actions de la matinée, a également souhaité apporter son soutien aux agriculteurs.
«Un sentiment d’injustice»
«Il y a dix ans, nous manifestions au même endroit pour les mêmes raisons, nous ne voulons pas nous installer pour produire à perte», explique le président des JA du canton de Charmes. C’est pourquoi, les éleveurs laitiers en fin de carrière, s’interrogent sur la tournure que prend le métier d’agriculteur. Même si la passion subsiste, si c’était à refaire, ils ne savent pas s’ils poursuivraient la même carrière… Mais encouragent les jeunes, motivés, face aux nouvelles attentes de la profession. Cependant, les jeunes gardent espoir, malgré la difficulté à s’installer avec la conjoncture actuelle et «un revenu qui ne suffit pas à vivre dignement de ce métier».
«Même si nous avons eu une bonne conjoncture les deux dernières années, nous ne pouvons pas accepter que la baisse soit aussi brutale, car les charges ont augmenté et ne baisseront pas de la même façon», déclare le président de la FDSEA 88. En effet, le prix du lait passerait de 480-490€ à 415-420€ aujourd’hui. «C’est un sentiment d’injustice et de colère que nous ressentons. Si nous voulons installer des jeunes, il faut que nous ayons des contractualisations à long terme réalisées entre industriels et grande distribution avec des indexations sur le prix des matières premières et des matières industrielles, de façon à pouvoir donner de la perspective de revenus sur nos exploitations», continue Philippe Clément. «S’il n’y a pas de perspective du prix du lait, les jeunes installés ne peuvent pas se projeter. Le financement et les prêts bancaires deviennent donc également difficiles à obtenir», complète Arthur Gaudel. Aujourd’hui, une exploitation réalisant 500.000 litres de lait à l’année est contrainte à une perte annuelle de 25.000€. «Nous ne lâcherons pas la pression car nous voulons vivre de notre métier et de notre passion», déclare le président des JA du canton de Charmes. Les agriculteurs sont clairs : les mobilisations continueront jusqu’au premier mars : date de la fin des négociations.



