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Quels impacts pour la chaîne agroalimentaire française ?

Illustration guerre Iran Ormuz pétrole. © Photo DR iStock
Illustration guerre Iran Ormuz pétrole. © Photo DR iStock

L’incertitude gagne actuellement les milieux agricoles et agroalimentaires quant aux conséquences du conflit iranien. En cause : la flambée des coûts de l’énergie indispensable à ces deux secteurs. 

Le choc économique de la guerre déclenchée le 28 février dernier entre d’un côté les-Etats-Unis et Israël et de l’autre l’Iran commence à se faire sentir dans les exploitations agricoles ainsi que dans les entreprises de l’amont et de l’aval.

Le point de crispation majeur se situe au niveau du détroit d'Ormuz, une artère vitale pour l’économie mondiale où transite chaque année environ 20 % du pétrole mondial. Bien que ce pétrole approvisionne en majeure partie le continent asiatique, son immobilisation sur les rives iraniennes pèse sur les cours mondiaux. Le baril de Brent qui affichait environ 70 dollars le 27 février a grimpé jusqu’à 118$ début mars pour se stabiliser le 16 mars autour de 100 à 105$. En bout de chaîne, le prix du GNR a fortement grimpé pour dépasser 1,6 euro/litre dans certaines régions. Selon le site fioulreduc.com, il affichait en moyenne 1,70€/litre le 16 mars.

Dans le même temps, le prix du gaz en Europe (référence TTF néerlandais, coté en €/MWh) a connu une hausse très rapide puis une forte volatilité, encore plus marquée que celle du pétrole. D’environ 30 à 32€/MWh le 27 février, il a grimpé à 60€/MWh le 3 mars pour se stabiliser autour de 50€/MWh. A cette hausse de plus de 40 % pour le pétrole et de près de 90 % pour le gaz, s’ajoute la baisse des flux d’urée (-30 %) et d’ammoniaque (-20 %) qui passent par ce goulot d’étranglement maritime. En conséquence, le prix de l’urée a gagné, selon les marchés entre 100 et 200 dollars supplémentaires, passant d’environ 500$/tonne à 600/700 $ la tonne, soit une hausse comprise entre +20 et + 40 % Sur le plan mondial, les cotations tournent autour de 599 $/t le 13 mars*. 

Hausse du panier alimentaire 

Chez les agriculteurs, les céréaliers sont en première ligne. Après trois années économiquement dans le rouge (2023, 2024 et 2025), ce début d’année 2026 s’annonce déjà complexe pour les exploitants français. Certes le cours mondial du blé a repris quelques couleurs (+10€/tonne) autour de 200€/t mais loin de compenser les coûts de production. Les éleveurs (volailles, porcs…) mais aussi les maraîchers, horticulteurs, serristes qui chauffent leurs bâtiments sont aussi concernés.

L’impact pourrait également être important pour les unités de transformations (sucreries, abattoirs, etc.) mais aussi la logistique (transports) très dépendantes des coûts de l’énergie. En d’autres termes, l’inflation alimentaire pourrait revenir. Le Covid et la guerre en Ukraine ont déjà fait passer le panier alimentaire moyen de 100€ (2019) à 125€ en 2026. Dans une intervention disponible sur YouTube**, l’économiste des Chambres d’agriculture, Thierry Pouch prévient que même si le conflit reste bref, les répercussions sur les prix se feront sentir pendant plusieurs mois avant un éventuel repli. Le risque d'extension du conflit reste le principal facteur d'aggravation de cette situation. Par ailleurs, le patron des centres E. Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, s’attend à des renégociations d’accords commerciaux avec les industriels de l’agroalimentaire, a-t-il indiqué le 13 mars sur RTL. Encore faudra-t-il préserver la matière première agricole… 

(*) https://tradingeconomics.com/commodity/urea

(**) www.youtube.com/watch?v=KZZuIrJt0ts&t=5s