
Cette année, la table ronde de l’assemblée générale de la FDSEA des Vosges portait sur le rôle des Chambres d’Agriculture. Un sujet d’actualité puisque les prochaines élections se tiendront du 7 au 31 janvier 2025.
Pour alimenter cette table ronde intitulée « Tous ensemble, nous sommes l’agriculture ! » Philippe Clément, président de la FDSEA des Vosges, Nicolas Lallemand, co-président de JA Vosges, Jérôme Mathieu, président de la Chambre d’agriculture des Vosges et Christophe Chambon, secrétaire général adjoint de la FNSEA se sont prêtés aux questions de Nicolas Georget, chargé de mission à la FNSEA.
En guise d’introduction, Philippe Clément, président de la FDSEA 88 a rappelé que : « Nous sommes à un tournant. Nous sommes face à un choix de vision de l’agriculture. La responsabilité qui pèse sur les épaules de chaque candidat est grande car ils devront relever le défi de l’attractivité de l’agriculture, de la rémunération des producteurs et du renouvellement des générations. »
Comment fonctionne une Chambre d’agriculture ?
Jérôme Mathieu : « Une Chambre d’agriculture est indispensable. C’est un organisme consulaire qui, comme une collectivité est en partie financée par l’impôt. C’est aussi pour cela que nous rendons des comptes aux services de l’Etat. Une chambre consulaire est là pour représenter l’ensemble des agriculteurs et des agricultures du département.
Elle a des missions de service public qui sont confiées par les services de l’Etat. Notamment autour de l’installation, de l’identification et de la traçabilité. Elle a aussi des missions de représentation mais elle n’est pas là pour faire du travail syndical. Elle est là pour fournir un travail technique sur l’ensemble du territoire et être le représentant privilégié lorsque l’on parle d’agriculture. Car les représentants de la Chambre d’agriculture sont présents dans nombre de commissions départementales où ils portent la voix de l’agriculture. La Chambre d’agriculture développe aussi un projet au service du territoire. Nous avons comme ressortissants les agriculteurs mais aussi les forestiers privés. La Chambre d’agriculture est donc un outil au service du territoire. La Chambre d’agriculture développe aussi des services. Elle apporte l’expertise et les compétences qui permettent aux agriculteurs de faire leurs choix.
La Chambre d’agriculture est un élément moteur pour amener du service partout sur le territoire. Elle a aussi un travail de concertation avec l’ensemble des OPA. L’enjeu est aussi de se poser en référent lorsque l’on veut parler d’agriculture, il faut que la Chambre soit là pour discuter avec l’ensemble des collectivités. Car, la Chambre est aussi force de proposition sur les sujets d’urbanisme. Il faut que les territoires se développent en bonne intelligence avec l’agriculture et pas contre. »
Quel est le rôle du syndicalisme au niveau de la Chambre ?
Philippe Clément : « FDSEA/JA, nous sommes là pour porter des axes de travail et la vision que nous souhaitons pour l’agriculture de demain. Ce qui est en jeu au travers des élections Chambre, c’est aussi la représentativité du syndicalisme sur le territoire. Car la participation au vote est extrêmement importante aussi, au regard des services de l’Etat.
L’enjeu est également de porter tout le travail syndical qui est fait en permanence. Cette année 2024 a été dure, éprouvante, mais nous avons obtenu des avancées sur un certain nombre de dossiers.
Bien évidemment que la Chambre d’agriculture a des missions de service public. Par contre, il y a une ligne rouge que nous n’accepterons pas de voir franchir. La Chambre d’agriculture ne doit pas devenir une succursale de l’administration en ce qui concerne les contrôles à réaliser sur les exploitations. »
Des exemples de réussites ?
Jérôme Mathieu : « Notre principale réussite, c’est d’être présent sur les territoires. Cela s’est fait notamment grâce à la réorganisation que nous avons mis en place avec les pôles pluridisciplinaires à Gérardmer, Neufchâteau et Epinal. Mais, surtout, ce que nous demandons aux agents de la Chambre d’agriculture, c’est d’être présents dans les fermes. Un axe que nous souhaitons approfondir c’est aussi la présence au côté des collectivités.
Parmi nos réussites, on compte aussi des projets menés avec la FDSEA, les JA et les collectivités partenaires lorsqu’il y a des crises. Cette année par exemple, quand il y a eu des inondations, les syndicats ont porté les revendications auprès des services de l’Etat et la Chambre a fourni le travail technique pour chiffrer et évaluer les dégâts avant d’apporter des solutions sur le terrain.
Parmi les projets à mener il y a aussi eu, lors de la fermeture de l’atelier steak haché Terrena à Eloyes, la réponse apportée aux besoins des producteurs aux côtés de l’abattoir Adéquat pour créer un atelier de steak hachés surgelés.»
Comment construit-on une stratégie et une ambition pour les agriculteurs ?
Christophe Chambon : « Quand j’étais JA, j’ai demandé à Daniel Prieur, pourquoi il s’était engagé à la chambre d’agriculture. Il m’a répondu que la Chambre permettait de porter un projet et d’obtenir des financements pour réaliser les idées portées par le syndicalisme. Et, en effet, lorsque nous avons rencontré les mêmes problématiques de voir des outils économiques fermer, la chambre a permis de réunir les collectivités pour maintenir ou développer de nouveaux outils, indispensables pour les éleveurs du département.
Ce que propose la Chambre via ses services c’est aussi d’être à l’écoute de l’ensemble des agriculteurs sur l’ensemble des territoires et dans l’ensemble des filières. Il est nécessaire de porter des projets ambitieux qui répondent au besoin de l’ensemble des agriculteurs. C’est aussi cela la force du collectif, des personnes, hommes et femmes qui s’investissent au quotidien sur le terrain. »
Quelle Chambre demain pour quelle agriculture dans les Vosges ?
Nicolas Lallemand : « Dans les Vosges et au-delà, nous faisons le constat que 50% des agriculteurs ont plus de 50 ans. L’un des défis majeurs qui se dressera devant l’agriculture, c’est donc le renouvellement des générations. Si nous voulons maintenir une agriculture forte sur le territoire il va falloir, demain, installer et donner envie aux jeunes de se lancer dans le métier. Les JA ont toujours œuvré au renouvellement des générations et à l’installation en agriculture. Ils ont démontré leur savoir-faire en la matière. Nous souhaitons continuer de nous impliquer dans les Chambres d’agriculture et bien que la loi soit en passe d’être modifiée, nous souhaitons continuer de nous impliquer dans le parcours d’installation.
N’ayons pas peur de dire que l’agriculture que nous voulons demain est une agriculture de production qui fait vivre les hommes et les femmes qui la pratique. Ce que nous voulons, ce sont des agriculteurs qui, partout sur le territoire, produisent et font vivre leur famille. Et cela, il va falloir qu’on le pousse et le porte de plus en plus fort face à une tendance arriériste et de repli qui voudrait que l’on retourne à l’agriculture de nos grands-parents. »
Quel est le rôle de la Chambre dans la vie d’un agriculteur ?
C.C. : «Le premier temps est celui de l’installation. Il y a aussi la transmission en fin de carrière pour aider et accompagner la fin d’une activité. Et, tout au long d’une carrière, la Chambre fournit un appui technique et du conseil pour ceux qui souhaitent faire évoluer leur système pour faire perdurer leur exploitation. »
P.C. : « Une des réussites de notre département, bien que le sujet soit difficile et grave, ce sont les cellules REAGIR que nous portons au sein de nos Chambre d’agriculture. Les difficultés peuvent concerner tout le monde. Nous avons la chance dans les Vosges d’avoir travaillé collectivement avec d’autres organismes pour pouvoir apporter une solution personnalisée tout en préservant l’anonymat des producteurs en difficulté.
Il y a aussi tout ce que la Chambre apporte au cours de la carrière d’un exploitant. La formation notamment. La Chambre propose un large catalogue de formations, ce qui nous donne la capacité de nous former tout au long de notre vie d’agriculteur. Les agriculteurs sont la catégorie socio-professionnelle qui se forme le plus tout au long de sa carrière car il est nécessaire de nous former en continu. Cela nous permet de prendre de la hauteur et du recul sur nos pratiques.
Quels sont les liens qui existent entre FNSEA/JA et Chambre d’agriculture ?
J.M : « Nous, élus Chambre, nous inscrivons dans un réseau régional et national et, ce n’est pas parce que nous nous revendiquons FNSEA/JA que nous avons des œillères, loin de là. La force de la FNSEA est de rassembler tout le monde. Ces syndicats sont aussi, pour les Chambres, un centre de ressource en termes d’expertises. C’est pour cela que la complémentarité FNSEA/JA et Chambre est importante. Ce sont des énergies qui s’additionnent plutôt que de s’opposer. »
