
Interdit en France depuis le 1er janvier 1997, l’amiante reste encore présent dans de nombreux bâtiments agricoles. Les agriculteurs n’ont pas le droit d’intervenir eux-mêmes sur des matériaux contenant de l’amiante, ils doivent faire appel à une entreprise certifiée.
L'amiante est une fibre minérale naturellement présente dans les roches. Ses nombreuses propriétés notamment en matière d’isolant thermique et phonique, de résistance mécanique et de protection contre le feu, associées à un prix peu élevé, ont fait de l’amiante un matériau très largement utilisé jusqu’à son interdiction totale en 1997, en France, du fait de son effet néfaste pour la santé. En effet, ce matériau est très toxique.
Les fibres d’amiante sont microscopiques et très volatiles. Elles pénètrent par inhalation (nez et bouche) et se déposent dans les voies respiratoires. Le risque existe dès la première exposition, car l’organisme est incapable d’éliminer les fibres d’amiante inhalées. Les études montrent que l’apparition de cancer peut subvenir vingt à trente ans après l’exposition à l’amiante.
Les éleveurs n’ont plus le droit de réaliser eux-mêmes les travaux de retrait de matériaux amiantés de leurs bâtiments, ou des travaux de démolition de bâtiments contenant des matériaux amiantés : ils ont obligation de faire appel à une entreprise certifiée.
Pour les travaux d’entretien, de rénovation ou des modifications sur des matériaux contenant de l’amiante, ils peuvent le faire eux-mêmes à condition d’avoir été préalablement formés. Sinon, ils sont dans l’obligation de faire appel à une entreprise spécialisée dont les salariés ont été formés pour intervenir sur les matériaux amiantés.
Cinquante bâtiments déconstruits et désamiantés
Chargé d’études équipements et bâtiments bovins à la Chambre d’agriculture de Bretagne, Sébastien Guiocheau a témoigné de l’expérience du chantier de désamiantage de la ferme expérimentale de Trévarez (Finistère), à l’occasion d’un webinaire organisé par le RMT Batice, réseau mixte technologique dédié aux bâtiments d’élevage.
«La station expérimentale est ancienne et vieillissante, elle a été construite en 1971, la salle de traite date de 1995. Nous sommes situés dans un territoire laitier dynamique, les élus ont émis la volonté de reconstruire l’outil pour satisfaire les besoins expérimentaux, fournir des références, et répondre aux nouveaux enjeux économiques et de travail».
Le choix d’implantation de la nouvelle ferme s’est porté sur l’ancienne station expérimentale porcine de Guernévez, inexploitée depuis 2019, «pour éviter de consommer de nouvelles surfaces». Mais voilà, le site comprenait une cinquantaine de bâtiments de petite taille qu’il fallait démolir et désamianter.
Préalablement aux travaux, les diagnostics réglementaires obligatoires ont été réalisés (repérage amiante avant démolition RAAD, diagnostic Plomb, diagnostic Produits, Équipements, Matériaux, Déchets PEMD), afin d’orienter au mieux les choix d’ingénierie et les filières d’élimination-valorisation des déchets. Le chantier de désamiantage et de démolition s’est étalé sur six mois en 2024, «avec chaque jour 600 personnes sur place». Il s’est achevé en décembre dernier. Si les quelques 300 tonnes de matériaux contenant de l’amiante ont été dirigés vers des centres d’enfouissement agréés, l’objectif était de recycler ou réutiliser le maximum de matériaux. Ainsi 10.000 t de concassés de béton, 100 t de ferraille, et 102 t de bois ont été revalorisés.
Sur un coût d’investissement évalué à 6,4 millions d’euros pour l’ensemble du projet, le chantier de démolition et de désamiantage s’est élevé à 585.000 euros, «ce qui représente environ 65 euros/m2 de couverture. Attention, ce prix n’est pas représentatif, nous avions beaucoup de mètres carrés, également des quantités importantes de béton et de bardage amiantés, beaucoup terre polluée…», met en garde Sébastien Guiocheau.
Faisabilité d’une CUMA de désamiantage
Quel que soit le chantier, le coût d’un désamiantage demeure aujourd’hui élevé. Dans les Pays de Loire, sous l’impulsion des acteurs du monde agricole, un groupe de travail est né au sein de l’association Elinnove, pour trouver un moyen de désamianter les bâtiments d’élevage au juste prix. Les partenaires affichent deux objectifs : sensibiliser les professionnels sur les risques liés à l’amiante et sur la réglementation, et sécuriser les interventions sur ou à proximité de matériaux contenant de l’amiante.
L’une des idées émises est la mise en place d’une CUMA de désamiantage. Ellinove et ses partenaires ont donc étudié la faisabilité technique, commerciale et financière de la mise en place d’un tel service de désamiantage au sein d’une CUMA dédiée. Elle emploierait du personnel formé, au service des exploitations agricoles. Cette étude de faisabilité a bénéficié du soutien financier du ministère de l’Agriculture.
Ce qui rend le dossier complexe, c’est l’obligation de certification amiante. «C’est un long chemin laborieux et fastidieux pour l’obtenir », confie Solenn Fassion, animatrice du groupe de travail amiante au sein d’Ellinove. Après la création de la CUMA, il faut embaucher et former l’encadrant technique et des opérateurs de chantier. En parallèle, il faut monter le dossier de certification, qui doit être soumis à une étude de recevabilité par l’organisme certificateur. Si le dossier est recevable, l’étape suivante est un audit de pré-certification au siège. L’étape finale est l’audit du premier chantier. «Toutes ces démarches peuvent prendre un an. Et après l’audit du premier chantier, un certificat probatoire de deux ans est délivré». Le choix se porterait sur une CUMA régionale, et chaque CUMA départementale adhérerait à la CUMA régionale. Si Solenn Fassion ne peut pas diffuser de chiffres, elle assure : «selon la simulation de coût que nous avons réalisée, nous serions moins cher que la plupart des prestataires».
La transmission des bâtiments antérieurs à 1997 Bien que l’amiante soit interdit depuis 1997, il est encore présent dans de nombreux bâtiments agricoles. Or, ces bâtiments amiantés ont aujourd’hui au minimum vingt-six ans, et font régulièrement l’objet de travaux de rénovations afin de répondre aux exigences des cahiers des charges, notamment concernant les mises aux normes bien-être animal (mise en place de fenêtres pour répondre aux 3 % de lumière naturelle, dynamisation des bâtiments…). La présence d’amiante n’empêche pas la mise en vente d’un bâtiment. L’éleveur, propriétaire d’un bâtiment dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997, doit faire appel, au préalable, à un diagnostiqueur pour réaliser un constat avant-vente de la présence d’amiante et constituer un Dossier Technique Amiante (Dta). Ce Dta n’est pas exhaustif, il n’identifie que certains matériaux et produits visibles contenant de l’amiante et leur état de conservation. Lors d’une transmission et d’une reprise, l’éleveur devra transmettre les différents repérages amiante au repreneur. Ce dossier sera joint au contrat de vente. Source : MSA Loire-Atlantique Vendée Maine-et-Loire, Mayenne-Orne-Sarthe |